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Full text of "Carthage: nécropole punique de la Colline de Saint-Louis"

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Carthage 

Alfred Louis Delattre, R P Delattre 



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OARTHA^GE 



NÉCROPOLE PUNIQUE 



DE Lk 



Colline de Saint- Louis 



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EXTRAIT DES . MISSIONS CATHOLIQUES . 



GARTHAGE 



NÉCROPOLE PUNIQUE 



D£ LK 



Colline de Saint -Louis 

PAU LE 

R. P. DELATTRE 

Des Missionnaires d'Afrique (Ph^es BlancsJ 

CORRESPONDANT DE L'IXSTITUT 




LYON 
IMPRIMERIE MOUGIN-RUSAND 

3, nUE STELLA, 3 
1896 



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Fouilles 



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Qeroais SiMit^fi 



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A. C^OCrl.,— »«--.lv. 



n.'^BONNET-LABRANGHE. 



Plan des fouilles. 



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CARTHAG-E 



NÉCROPOLE PUNIQUE 

DE- LA 

Colline de Saint- Louis 



La nécropole de Gamart qui passait pour punique jus- 
qu'à ces derniers temps, étant juive, comme je Tai établi 
dans ma précédente notice(l),il fallait bien un jour ou Tautre 
découvrir sur d'autres points delà péninsule carthaginoise, 
les véritables sépultures des habitants de la première ville. 
C'est, en effet, ce qui est arrivé. Nous avons reconnu et 
fouillé en partie plusieurs nécropoles puniques et nous 
avons constaté que les Carthaginois ont inhumé leurs morts 
sur leflancsud-ouestdelacolline de Saint-Louis,sur la colline 
dite de Junon ou du Petit Séminaire, sur celle de rOdéon,sur 
celle de la nouvelle batterie d'artillerie de Bordj-djedid et en 
dedans de ces divers points disposés en amphithéâtre, sur 
l'emplacement des citernes restaurées,et enfin plus'en avant 
encore dans un terrain appelé DouTmès qui doit marquer au 
nord-est la limite de la cité primitive. Ces découvertes 
auxquelles on était loin de s'attendre sont venues modifler 
considérablement la topographie de Carthage admise par 
les savants jusqu'à ces dernières années. Elles concordent 

(1) Gamart ou la Nécropole Juive de Carthage, Lyon. 1895. 



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- 8^ 

cependant, on va le voir, avec les rares documents que 
l'antiquité nous a conservés. 

Appien rapporte que, dans la deuxième guerre punique, 
la foule accusant Asdruba&l de trahison voulut le mettre à 
mort. Elle se porta vers sa demeure, mais ne le rencontrant 
pas,elle courut au cimetière où elle ne trouva que son cadavre. 
Asdrubal craignant la vengeance du peuple, s'était donné la 
mort dans le tombeau de son père oiï peu auparavant, dit 
l'historien, il s*étaU réfugié. Ce texte prouve bien, ce me 
semble, que la nécropole était proche de la ville. Ce fait est 
d'ailleurs confirmé par d'autres détails que donne Appien 
dans le récit de cette même guerre. Lorsque les envoyés du 
Sénat de Rome voulurent obliger les Carthaginois à aban- 
donner leur ville et à s'en bâtir une autre à dix milles de la 
mer, ceux-ci conjurèrent avec larmes les consuls Manilius et 
Censorinus de respecter leurs temples, leurs dieux et leurs 
tombeaux. Ils préféraient mourir, ajoutaient-ils, que d'assis- 
ter à la ruine de leur cité. 

Dans cette circonstance, il semble qu'on ne pouvait 
détruire les temples de Carthage sans ruiner du mômd 
coup leurs nécropoles. Ce fait parait indiquer comme le 
précédent que les cimetières étaient près de la cité et se 
confondaient pour ainsi dire avec elle, Enfin, nous avons 
un témoignage de l'époque romaine qui, pour apparte* 
nir à notre ère, n'en est pas moins précieux. Lorsque 
dans les dernières années du ii^ siècle, au commencement 
du règne de Commode, sous le proconsulat de Vigellius (185- 
183), on creusa les fondations de l'Odéon de Carthage, Ter* 
tullien dit qu'on rencontra des sépultures vieilles de dnq 
siècles enviran. Ces sépultures appartenaient évidemment 
à une nécropole punique, et puisqu'on les découvrit sur 
l'emplacement d'un monument de la Carthage romaine, 
elles ne devaient point être éloignées de l'enceinte do la 
ville primitive. D'après les plans de Carthage publiés jus* 
qu'ici, on ne pouvait s'arrêter à la pensée que les Cartha^ 
ginois aient enterré leurs morts au iv^ ou au iiic siècle 
avant notre ère, dans un endroit que l'on croyait être situé 



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en pleine cité carthaginoise ; mais les découvertes qui se 
sont multipliées dans ces dernières années ont prouvé que 
les cimetières étaient très proches de la ville et qu'une par- 
tie de la ville romaine a recouvert les nécropoles puniques. 
Nous croyons avoir retrouvé remplacement de TOdéon dont 
parle Tertullien et la place qu'il occupait est comprise dans 
la zone des nécropoles telle que nous pouvons la détermi- 
ner par les dernières découvertes. * 

Bureau de la Malle, Tauteur des Recherches sur la topo- 
graphie de Carthage, me semble avoir restreint à tort le 
témoignage d'Appien rapportant que la seconde Carthage 
s'éleva tout à côté de la première. D'autre part, il me paraît 
exagérer le sens des textes moins explicites de Pline, Tite- 
Live, Strabon, Dion Cassius, Solin et Orose, en cherchant à 
établir, à l'aide de ces historiens, que la Carthage romaine 
fut construite dans les limites exactes de la cité primitive et 
pour ainsi dire sur le môme plan. 

Ces auteurs anciens, en eiïet, ne font que mentionner sim- 
plement la restauration de Carthage, en disant d'une 
manière générale que la nouvelle ville fut bâtie sur l'empla- 
cement de l'ancienne : in solo dirutae Carthaginis (Tite-Live) 
et m vesligiis magnat Carthaginis (Pline). 

Appien est le seul à dire qu'elle s'éleva tout à côté de 
l'ancienne. 

On doit conclure de là que les Romains bâtirent leur ville 
non seulement sur l'emplacement de la cité primitive, mais 
aussi sur les termins situés en dehors de la première 
enceinte, terrains consacrés d'abord en partie aux sépul- 
tures et occupés sans doute aussi par les constructions 
moins denses des faubourgs. Un hypogée converti en réser- 
voir que nous avons découvert sur la colline du Petit Sémi- 
naire, autrefois dite de Junon, semble indiquer que les 
Carthaginois eux-mêmes, ne se firent pas toujours scrupule 
de bâtir au-dessus de leurs nécropoles (i). 

Je ne crois pas que les Romains se soient attachés à rele- 

(1) Cf. Les Tombeaux puniques de Carthage, Lyon,ia00, p. 18. 



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_ 12 •- 

ver sur leurs buses les temples et les principaux monuments 
de la Gnrthage vaincue et détiiiite. J'admettrais plus volon- 
tiers qu'ils eurent & cœur de Ihire du nouveau, sans trop 
s'inquiéter du plan de la ville punique. 

Mannert, cité par Dureau de la Malle, qui le contredit éga- 
lement & tort, avait déjà reconnu que la partie orientale de 
la presqu'île de Garthage ne fit point partie de la cité 
punique. • 

Et, en effet, à part un petit groupe Isolé de sépultures de 
basse époque rencontré dans un terrain situé entre le palais 
archiépiscopal et la route carrossable qui monte de la Marsa 
à SidiBou-Satd, on n'a trouvé, dans ce quartier, que des ves- 
tiges de constmctions romaines, surtout des sépultures. 

Sans avoir la prétention de transformer sur toute leur éten- 
due les collines de Garthage en nécropoles puniques, nous 
pouvons cependant cerner de plus près encore l'emplacement 
de la cité primitive. Nous savons aujourd'hui que les citernes 
du bord de la mer, ouvrage que l'on croyait appartenir à la 
Garthage primitive, sont de construction romaine. La nature 
des matériaux, leur mode d'emploi, surtout une inscription 
du règne d'Antonin le Pieux et une brique estampillée ou 
nom de Flavius Aprilis, trouvée dans- le mortier partout 
homogène du radier, et datant de l'an 442 environ de notre 
ère, ne laissent point de doute à cet égard. 

J'ajouterai de plus que les fouilles faites autour de ces 
vastes réservoirs ont permis de constater qu'ils ont été 
creusés, comme les constructions romaines du flanc sud- 
ouest de la colline de Saint-Louis et comme l'Odéon dont 
parle TertuUien, en pleine nécropole punique. 

De ce côté, comme je l'ai déjà dit, les tombes se sont rêvé • 
lées Jusqu'à peu cle distance du chemin direct qui va des 
piscines de la Malga à la mer. Là, près du Sérapenm^ nous 
avons découvert une riche nécropole que nous fouillons 
actuellement et qui a fourni plus de huit cents tombes 
renfermant nombre d'objets funéraires du plus haut in- 
térêt. 
Tout semble donc étab'lr que les nécropoles de la première 



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~ 13 - 

Cartbage étaient situées sur les coUines qui s'étendent 
depuis Saint-Louis, jusqu'au Bordj-el-Djedid. 

C'est )à qu'il faut les chercher et on les y trouvera partout 
où les Romains en construisant leur ville n'ont pas détruit 
les tombes. 

Etant donné l'usage général des anciens peuples d'inbu- 
mer les morts en dehors de l'enceinte de leurs villes,la Car- 
tbage primitive doit donc être limitée par les divers points 
où l'on a découvert des sépultures puniques. 

Or^ la partie où l'on ne trouve pas de tombeaux puniques 
est, quoique nH>indre, à peu près celle que Tissot, d'après le 
plan de Baux, appelle la zone intérieure. C'est la partie que 
Servius nomme Byrsa : cujus interhr pars Byrsa dicebatur. 
C'est dans ce quartier, comme Ta fort bien démontré le 
cardinal Lavigerie (i)^ que la ville de Cartbage commença à 
s'étendre, après avoir pris naissance sur le bord de la mer, 
autour de la place des échanges, c'est-à-dire, autour de 
l'agora près duquel les Carthaginois creusèrent leur port. 

C'est ]ky en effet, qu'on a trouvé des débris d'architec- 
ture carthaginoise et ces milliers de stèles votives dédiées 
à la déesse Tanit et au dieu Baâl Hammon, bien connues 
des savants, taadis qu'en dehors de cette partie le sol n'a 
fourni, à part les sépultures, presque rien de l'épocpie puni- 
que. Les rares pièces que l'on pourrait citer conune prove- 
nant de cette zone extérieure ont été recueillies dans des 
constructions postérieures où elles avaient été employées 
comme pierres à bâtir. 

Les fouilles archéologiques pratiquées depuis vingt ans 
et les centaines, je pourrais dire les milliers de trous que 
j'ai vu creuser par les Arabes pour arracher delà pierre, me 
laissent cette impression que la cité primitive, c'est à-dire 
la Byrsa décrite par Servius,n'a jamais dépassé les hauteurs 
disposées en amphithéâtre qui regardent le golfe. 



(i) t)e VVtUité d'une mission archéologique permanente à Carthage. 
^ Lettre à M. le Secrétaire Perpétuel de r Académie des Inscriptions et 
Belles-Lettres, Alger» Avril 1881, p. ». 



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— 14 — 

D'après ces observations, il est permis de conclure que, 
pendant assez longtemps, la ville pi\nique ne dépassa pas 
ces hauteurs, couronnées sans doute chacune par quelque 
temple et consacrées en partie à la sépulture des morts. 

Mais lorsque s'accrut la population de Carthage au point 
de ne pouvoir plus être contenue dans ses premières limites, 
des habitations ont dû s'élever autour des collines partout 
où les tombes n'occupaient pas le sol,et il est probable que 
la ville s'agrandissant considérablement engloba les nécro- 
poles primitives. Ces nouveaux quartiei*s ou faubourgs 
créés en dehoi^s de l'enceinte de Byi'sa prirent le nom de 
Magalia et s'expliquent fort bien par le sens que Servius 
donne à ce mot: quœ Magalia sunt circumjecta civitati subtir- 
bana œdifida. Entourés plus tard d'un mur de fortification, 
ils formèrent cette seconde zone qui enveloppait la première 
et dont parle encore Servius lorsqu'il dit que Carthage 
ofTi*ait jadis l'aspect d'une double ville. Tune enserrant 
l'autre : Carthago antea speciem hahuit duplicis oppidi, quasi 
aliud alterum complecteretur, cuju$ intenor pars Byrsa 
dicehatur, exteHor Magalia. Le quartier de Magalia embras- 
sait donc celui de Byrsa comme dans l'emblème de Carthage, 
le croissant lunaire embrasse le disque solaire. 

Ces données font également comprendre comment les 
nécropoles primitives se trouvèrent englobées entre la pre- 
mière et la deuxième enceinte et confirment l'induction que 
Bureau de la Malle avait cru pouvoir tirer du texte d'Ap- 
pien (1). Il regardait comme assez probable qu'à l'époque 
punique, la nécropole et les tombeaux étaient placés dans 
l'enceinte de Carthage, c'est-à-dire dans la seconde enceinte. 

Telles sont les révélations fournies par les travaux de ces 
dernières années. Les fouilles futures ne pourront, je crois, 
les modifier considérablement et ne feront sans doute que 
les confirmer en les précisant davantage. 

La Carthage primitive était donc assise, comme tant 
d'autres villes modernes de la côte africaine que baigne la 

(I) Recherches sur la topographie de Carthage, p. 93. 



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— 15 - 

Méditerranée, au pied des collines qui s'élèvent à quelque 
distance de la mer. Ici les collines abritaient la première 
Carthage contre les vents du nord parfois si violents et si 
fatigants. 

En dehors de la cité primitive, s'étendait le long du pre- 
mier rempart, le quartier des nécropoles qui lui-même fut 
plus tard compris dans une seconde enceinte. Nous venons 
de voir que ce quartier dut se couvrir de maisons et prit le 
nom de Magalia. On sait que par ce mot punique les Car- 
thaginois et les Romains désignaient les habitations des no- 
mades africains, tentes, gourbis^ huttes, cases ou cabanes. 

C'est là que les Romains, trouvant sans doute plus d'espace 
pour asseoir leurs grands édifices et un terrain moins rempli 
de décombres, construisirent d'abord leurs principaux monu- 
ments, entre autres le théâtre. 

On comprend mieux alors que Virgile qui, s'il est venu à 
Carthage, n'a connu que la ville reconstruite par César, ait 
manifesté l'admiration du héros de son poème par ce vers : 

Miratur molem Aeneas, Magalia qtwndam. 

Tel est le résultat des découvertes accomplies dans le sol de 
Carthage durant ces dernières années, au point de vue de 
la topographie de la ville punique. 



J'ai déjà fait connaître dans une précédente brochure 
un certain nombre de tombeaux puniques avec la description 
de leur mobilier funéraire. 

Mais de nouvelles recherches ont amené d'autres décou- 
vertes, et la lumière se fait de plus en plus sur les sépultures 
puniques de Carthage. Nous connaissons maintenant les 
diverses sortes de tombes carthaginoises, nous savons quel 
était le mobilier funéraire, comment le cadavre était placé 
dans sa dernière demeure. La riche série d'objets trouvés 
en place dans sa sépulture renferme beaucoup de pièces très 
précieuses pour l'histoire de la religion, de l'art et du com- 
merce à Carthage. De plus un bon nombre de ces objets 



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— 16 — 

antérieurs de six sièeles environ à notre ère peuvent ser- 
vir à rétude de nos Saints Livres. 

On sait, en effet, qoe les Israélites de la Palestine folsaient 
un usage journalier d'ustensiles de fabrication phénicienne. 
N'ayant pas d'art particulier, c'est aux Tyriens et aux Sîdo- 
niens qu'ils demandaient la plupart des objets à leur usage. 
Mais les fouilles exécutées en Phénicie ont été relativement 
peu fructueuses. Les nécropoles ont été visitées depuis long- 
temps. A Carthage, au contraire, les tombeaux puniques se 
sont conservés la plupart intacts sous les fondations de la 
ville romaine. Depuis que nous en avons reconnu l'empla- 
cement, elles nous ont fourni les plus Intéressantes variétés 
de poteries, d'objets de toilette et d'anmiïeftes. Chaque Jour 
vient ajouter à nos collections quelque nouvelle pièce antique 
et les savants ainsi que les simples touristes sont étonnés de 
voir dans les vitrines du musée de Saint-Louis des séries 
aussi riches et aussi complètes. 

Chaque nécropole punique de Carthage offre des particu- 
larités qui permettront un jour d'en faire te classification 
raisonnée. Pour le moment, je ne parlerai ici que de la né- 
cropole découverte sur la colline de Saint-Louis. Plus tard 
j'aurai, je l'espère, l'occasion d'écrire une notice spéciale 
sur chacune des autres nécropoles et surtout sur ceffe de 
Doulmès. 

L'ouverture d'une tombe vieille de plus de deux mille ans 
a toujours quelque chose de saisissant. C'est à ce spectacle 
que nous allons faire assister plusieurs fois le lecteur dans 
les pages qui vont suivre. 

FOUILLES PRATIQUÉES EN 1890 

I. — Tombeau ouvert le 4 juillet iS90 (<). 

Depuis un an, on était sur la piste d'un grand tombeau 
punique dans le voisinage de ceux déjà découverts sur Byrsa. 

(1> Ces décoQ vicies foot Mile aax ariklet paMMt ptr lee Mi$»WM €M$k^ 
ligues, puis cd udc brochure a part, en 1890, soes le UU^ : Les Tombeawc 
puniçiues de Carthage, 



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— 19 - 

Mais, au lieu d'en chercher l'entrée au moyen d'un puits de 
sept à huit mètres de profondeur, on s'était promis d'y 
arriver de plain-pied. 

Pour cela, il fallait pratiquer une tranchée longue déplus 
de trente mètres dans le flanc de la colline. 

Grâce à la générosité du cardinal Lavigerie, grAce aussi à 
la générosité de la famille Couvreux-Docauvillc qui nous 
avait offert, pour le transport des terres, uîie voie portative 
et des vagonnets, nous pûmes tenter la réalisation de notre 
projet et le conduire à honne fin. 

Ce ne fut pas cependant ^ans difficulté que Ton atteignit 
l'entrée du monunjent. 

La tranchée, arrivée h dix -sept mètres, rencontra un 
énorme mur de basse époque, peut-être byzantin, épais de 
quatre mèires cinquante centimètres, hàti en pierres de 
grand appareil. Cette muraille .se trouvait précisément dans 
l'alignement et semblait bien faire la continualion des murs 
découverts par Beulé en 1859 et depuis longtemps détruits 
par les Arabes. Il fallut donc praticpier uîie brèche dans 
cette large construction militaire. 

Cet obstacle vaincu, on se heurta, un mètre quatre-vingts 
centimètres plus en avant, à un second mur épais de un 
mètre soi:cante-quinze centiniètres, construit en pierres de 
taille et en moellons, passant par-dessus une double abside 
romaine bâtie en très bel opus reticulatum. 

Dans cette tranchée qui cubait déjà plusieurs ccîitaines de 
mètres, on ne trouva que fort peu d'objets : un fond de vase 
grec avec graffite, trois morceaux de lampes chrétiennes, un 
moule de croix latine, un montant de chancel portant les 

quatre lettres grecques KYPI début de l'invocation Kyrie 

eleison, puis un chapiteau romain sur lequel une main arabe 
parait avoir gravé la formule musulmane : Allah ila Allah... 
« Il n'y a de Dieu que Dieu ». Mais un de mes confrères 
arabes, aujourd'hui prêtre et missionnaire, reconnaît plutôt 
dans cette inscription les mots : Dieu, le vivanfy Vcternel, 
dont le dernier serait en grande partie eiïacé. 

Telles sont, avec un tronçon de colonne de granit, un 



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- 20 — 

fragment d'inscription latine et des débris de sculpture très 
mutilés, les seules pièces qui méritent d'être signalées. 



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SCARABÈRS^ AMULETTES, TROUVÉS DANS LES TOMBES. 



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- 21 -• 

Après avoir traversé le second mur, on pénétra dans le sol 
argileux et crétacé qui forme avec le grès le noyau de la 
colline. 

On commença par trouver dans ce terrain primitif une 
tombe punique, simple fosse dans laquelle le cadavre avait 
été déposé avec trois vases, un grand et deux petits,et avec 
plusieurs amulettes et grains de collier. Les amulettes, en 
pâte assez fragile, représentent un lion accroupi, deux 
urœus et le dieu Bès. Ils sont percés de plusieurs trous qui 
permettaient de les enfiler de différentes manières. 

Mais on continuait à allonger la petite voie ferrée, diri- 
geant les vagon nets vers le tombeau monumental que nous 
avions en vue. La tranchée étant de plus en plus profonde 
et large, les travailleurs n'avançaient qu'assez lentement. 

Enfin, à six mètres soixante du second mur que nous 
avions dû traverser, on découvrit l'entrée de l'hypogée. Une 
grande et belle drflle de tuf coquillier^ haute exactement de 
deux mètres, large de un mètre et épaisse de vingt-cinq 
centimètres, appliquée debout, en saillie, au bas de la façade 
du monument, en formait la porte. Une seconde pierre de 
moyenne grandeur avait été buttée contre cette énorme 
dalle pour la maintenir en place. 

Depuis vingt-cinq siècles environ, rien n'avait bougé. 



L'ouverture de cette sépulture eut lieu en présence de 
plusieui*s missionnaires. 

La baie d'entrée, située sur la droite, mesurait un mètre 
trente-quatre de hauteur et soixante-quinze centimètres do 
largeur. 

Elle donnait entrée dans un compartiment dont le sol 
était formé de quatre dalles d'égale grandeur, très bien 
équarries, fermant deux sarcophages. Dans ce compartiment, 
un squelette était étendu à gauche, les pieds tournés vers 
rentrée. Au fond, au milieu de la largeur de la chambre, on 
voyait un vase de terre blanchâtre à base conique, tel que 



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- 22 - 

nous n'en avions pas encore trouvé. Un autre vase de même 
forme était placé debout dans l'angle, ù gauche de l'entrée, 
aux pieds du squelette. 

A rextrémité de la cellule, immédiatement sous le pla- 
fond, deux niches carrées renfermaient chacune deux vases 
qui en occupaient toute la hauteur et toute la largeur. Sur 
le bord de la niche, située à gauche, on voyait, en outre, un 
plat rempli d'ossements. 
Dans la niche de droite, un des vases était brisé en deux 
ans toute sa hauteur et les morceaux de la partie anté- 




Fragment de vase (terre cuite). 

rieure qui s'était détachée et était tombée gisaient à côté 
du vase gris déjîi signalé qui occupait le fond du comparti- 
ment. 

Un détail que je n'avais pas encore eu l'occasion de 
remarquer dans les autres sépultures puniques de Byrsa, 
avait attiré mon attention. Sur la première dalle prés de 
l'entrée, un morceau de plâtre ou de chaux était placé là 
comme par hasard et la même matière blanche avait servi 
à mastiquer trois des angles supérieurs de la cellule. 

En examinant le plafond, on reconnutdans une des pierres 
directement au-dessus du morceau de plâtre, un défaut, 
petite cavité qui avait exactement en creux la forme irré- 
guliôre de la matière blanche. Il était facile de reconnaître 
que le trou de la pierre avait été bouché avec ce plfttre qui 
s'était ensuite détaché. Il avait été appliqué à la main et 
conservait l'empreinte des doigts de l'ouvrier. 



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- 23 - 

Cette particularité des trous bouchés ùl Taide de plâtre 
offre uae nouvelle preuve du soin extrême que les Cartha- 
ginois mettaient à clore hermétiquement les hypogées de 
leurs morts. Aussi est-il vraiment surprenant de les trouver 
si parfaitement conservés. Il arrive souvent, comme dans le cas 
présent, qu'on n'y trouve aucune infiltration de poussière, de 
sable ou de terre. Quand on pénètre après tant de siècles 
dans ces chambres funéraires, à part le cadavre qui s'est 
décomposé, on les dirait fermées de la veille. 



Après avoir pris le temps de contempler à Taise Tintérieur 
du tombeau, on procéda à Texamen du squelette et à l'in- 
ventaire du mobilier funéraire. 

Le squelette, restes d'un cadavre qui avait été placé sur 
le dos, était très mal conservé ; le ci*âne était complètement 
aplati. Les os étaient recouverts de lambeaux de bois pourri, 
épais de plusieui*s centimètres, dans lequel on pouvait dis* 
tinguer, à intervalles égaux, comme des trous de chevilles. 
A droite et à gauche, tout le long du squelette apparaissait 
une mince couche verdAtre, vestige peut-être du vêtement. 

Vers le milieu du squelette, le bois pourri formait un relief 
plus considérable. 

Nous remarquâmes en cet endroit une sorte de boite en 
os ou en ivoire, à rebord circulaire, mesurant sept à huit 
centimètres de diamètre. Le fond de cette botte était coloré 
en rouge vif, sans doute parce qu'elle avait contenu du 
cinabre, substance dont nous avons plusieurs fois constaté la 
présence dans les sépultures puniques du Carthage. 

Mais tout cela, au moindre contact, tombait en poussière. 
Un petit point vert d'oxyde de bronze perçait à travers le 
bois pourri. Voulant le saisir, je fis sortir de la masse bru- 
nâtre un miroir de bronze, de quinze centimètres de diamètre. 
Une épaisse couche d'oxydation le recouvre en partie, mais 
laisse percer les vestiges d'un tissu brun à grain microscopique. 
Cette couche parait produite par un objet de bronzç placé 



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«^ 94 ^ 

sur le miroir et qui a été entièrement consumé par Toxyda* 
tion. Le miroir lui-même conserve les traces d'une étoffe 
fine qui l'enveloppait. 

Près du miroir, on retira une hachette de bronse, longue 
de quinze centimètres. Avec ces objets on ôta du dessus le 
squelette plusieurs morceaux de bois. L'un d'eux était encore 
traversé par une double tige de bronze, sorte de piton ou 
mieux de goupille dont la partie opposée à l'anneau a été 
rabattue. On recueillit encore un morceau de bois arrondi, 
un débris de panier et un objet de matière noirâtre, mate, 
très cassante, à angles et à bords arrondis, ne fondant point 
à l'action du feu. 

Enfin, le squelette était accompagné de trois amulettes, 
un Bés et deux petites figurines, l'une à tête de chien, 
l'autre à tète d'épervier. 

On sortit les deux vases à base conique qui avalent été 
placés près du cadavre. Celui qui avait été posé A gauche 
de l'entrée se laissa enlever facilement. Il n'en fut pat de 
même du second. Dans sa position inclinée il se trouvait 
tellement serré entre les pierres qu'il fallut un eftort asMK 
considérable pour le dégager. On y parvint cependant sans 
le briser. 

On se mit alors à dégarnir la niche située à gauche. On 
ôta la patëre remplie d'ossements. Ceux-ci nous parurent 
appartenir à un squelette humain. Au-dessous, on aperce- 
vait dans la patère une lampe punique de fabrication gros- 
sière et de forme particulière. La patère était ornée inté- 
rieurement de trois grands cercles de couleur, un noir entre 
deux rouges. 

Les deux grands vases furent enlevés et, derrière la place 
qu'ils avaient occupée, on trouva une petite patér«, une 
lampe puniqiie de la forme ordinaire et une petite hachette 
encore adhérente à une portion de corl)eille ou de Iburreau. 

La niche située à droite fut ensuite débarrassée de ses 
deux grands vases. L'un et l'autre (même celui dont la mol* 
tié manquait, comme je l'ai observé plus haut), étaient telle- 
ment serrés dans cette niche par suite d'un léger affaisie* 



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Poteries diverses trouvées dans les tombes. 



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— 27 — 

ment des pierres qu'il fallut employer une certaine force 
pour les en arracher. D'ailleurs c'est cette dépression qui 
avait certainement causé la rupture du vase. On recueillit 
là deux pitons de bronze semblables à celui que j*ai déjà 
décrit. Dans l'un d'eux la distance entre l'anneau et le 
point de bifurcation est de trois centimètres, ce qui donne 
l'épaisseur de la planche qu'il traversait. 



Après avoir exploré amsi avec soin et en détail le compar- 
timent supérieur, on ouvrit le sarcophage situé à gauche. 
Le squelette était en place; seuls les os du torse étaient 
assez bien conservés. Il régnait dans l'ensemble un certain 
désordre. La colonne vertébrale était contournée et les côtes 
étaient distribuées d'une singulière façon. L'une d'elles 
s'était écartée des autres et gisait contre la paroi ouest de 
l'auge funéraire. 

Mais tout ce désordre apparent ne doit être attribué, je 
crois, qu'à la position donnée primitivement au cadavre. 
Celui-ci aura été déposé sur le flanc, au lieu d'être couché 
sur le dos. Après la décomposition des chairs et des muscles, 
la dislocation des os se sera produite de telle sorte que les 
cêtes, au lieu de tomber l'une après l'autre de chaque côté 
de la colonne vertébrale, auront glissé les unes sur les 
autres. Ce squelette ne conservait aucune trace de bois de 
cercueil. On ne trouva près de lui que cinq petites perles 
d'agate, de forme cylindrique. 

Le second sarcophage renfermait un squelette plus dété- 
rioré encore que les deux autres. On y voyait des vestiges de 
cercueil. Mais le bois et les os étaient complètement réduits. 
Ils ne formaient plus qu'une mince couche de stries brunes, 
jaunes, vertes et blanchâtres, couvrant tout le fond de 
l'auge. Là où avait reposé la main gauche on ramassa six 
petits cylindres d'argent creux, provenant d'un bracelet. 

Le compartiment supérieur mesurait deux mètres trente 
de longueur, un mètre soixante-quinze de largeur au fond et 



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- ÎI8 - 

un mètre soixante-cinq à l*entrôe. La hauteur était de un 
mètre trente-cinq entre le plafond et le bord des deux sar- 
cophages. La profondeur de ces derniers était de quarante- 
sept et quarante-huit centimètres, leur longueur de un mètre 
quatre-vingt-dix et un mètre quatre-vingt-quinze et enfin 
leur largeur de quarante-trois et quarante-cinq centimètres. 
L*un et Tautre étaient munis aux angles, dans le fond hori- 
zontal, d'une entaille formant cuvette, variant de dix-sept 
à vingt-deux centimètres de côté et mesurant huit centi- 
mètres de profondeur. 

L'examen de cet antique tombeau était terminé. Tout le 
mobilier funéraire fut transporté & Saint-Louis et disposé 
dans une des vitrines du musée. 

Ge tombeau punique, dont Taccès est facile, est devenu 
une des principales curiosités de la colline de Dyrsa. Les 
touristes de Carthage visitent avec intérêt cette antique 
sépulture qui offrait alors un rare spécimen des monuments 
funéraires des colons tyriens en Afrique. 

IL — Tombeau découvert le 98 août 1890, 

En poursuivant la seconde tranchée, parallèle, mais supé- 
rieure de deux mètres à celle qui nous avait fait découvrir 
rhypogée décrit ci-dessus, on parvint le 28 août 1890 à deux 
dalles debout et superposéeSi révélant sans aucun doute 
Texistence d'un tombeau. 

Ces deux dalles, une fois levées, laissèrent voir l'intérieur 
d'une auge funéraire longue de deux mètres vingt, haute de 
un mètre trente-trois et large de soixante- trois centimètres, 
remplie aux deux tiers de terre et de débris dont la teinte 
grise contrastait avec la couleur jaune, blanche et verdàtrc 
du sol primitif qui l'entourait. 

En déblayant cetteauge,onreconnut]aprésencede plusieurs 
squelettes reposant & des niveaux différents. A mi-hauteur 
on ramassa une petite Aole de terre cuite, de fabrication 
moins grossière que celles qui sont sorties jusqu'à présent 
de l'intérieur de cette nécropole. Au-dessous de cette potc- 



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rie assez fine, on découvrit un vase de terre rougeàtre, haut 
d'environ quarante-cinq centimètres, à double orelllon et 
de forme connue. Par la pointe de sa panse conique il repo- 
sait immédiatement sur une des dalles horizontales formant 
le fond du tombeau. 

Ce vase offire un intérêt particulier, car il nous fournit les 
premières traces d'écriture punique rencontrées dans Tan- 
tique nécropole de Byrsa. Il porte en effet sur sa surface une 
inscription carthaginoise, écrite à Tencre noire, composée 
de neuf lettres. Elle se répète quatre fois sur le pourtour du 
vase. 

Malheureusement cette urne funéraire était toute fendillée 
et ne put être retirée de la tombe qu'en menus morceaux. 

Le texte qui s'y lit, commence par le nom Abd-Baâl. 
D'après M. le marquis de Vogué, le mot qui suit aurait le 
sens de c poids » et signifierait la mort, en sorte que l'ins- 
cription pourrait se traduire : * Abd-Baâl mort ». t Les ca- 
ractères, ajoute ce savant, sont araméens et semblables à 
ceux des papyrus et des ostraca trouvés en Egypte. C'est là 
un fait singulier qui n*a pas manqué de frapper les rédac- 
teurs du Corpus Inscriptionum semiticarum, » 

A cèté du vase qui portait cette inscription, on trouva une 
fiole en argile épaisse, une poterie de terre rouge, une lampe 
punique et un de ces anneaux à deux tiges appliquées l'une 
contre l'autre et se bifurquant ensuite, rabattues qu'elles ont 
été au revers de la pièce de bois traversée par elles. 

Un peu plus avant on retira encore une petite fiole de 
forme connue, et un beau vase dont la panse est ornée, un 
peu au-dessous des anses, d'une bande rose-violet, cernée 
entre deux filets noirs. Nous n'avions pas encore trouvé à 
Byrsa de ces sortes de vases dont, jusqu'à présent, la nécro- 
pole du bord de la mer, si consciencieusement fouillée par 
M. Vernaz, avait été seule à fournir des exemples. 

Toutes les poteries avaient été déposées dans la première 
moitié de la cellule et on ne trouva plus rien, en dehors des 
ossements, dans la seconde partie. 

Cette auge funéraire, construite en grandes dalles de bel 



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- 30 — 

appareil très bien aplanies sur les faces destinées à s'adapter, 
était formée par des pierres de moindre dimension. Elle 
paraissait même avoir été agrandie en hauteur. 

Ces remaniements, la fiole de terre fine, le vase à bande 
violette et Tinscription constatée ici pour la première fois 
semblent indiquer que cette tombe a été utilisée à plusieurs 
reprises et à des époques assez éloignées Tune de Tautre. 

III. — Tombeau ouvert le 30 septembre i890. 

Obligés de détruire le tombeau dont je viens donner la 
description pour continuer plus avant la tranchée, nous en 
trouvâmes un autre placé à peu de distance en arrière. 
C'était une cellule semblable à la précédente. 

J'en fis l'ouverture en présence de deux prêtres 
français qui visitaient les ruines de Carthage, MM. Bar- 
thod et Michel, du diocèse de Besançon. Cette tombe 
nous réservait encore de l'imprévu. Elle était à demi com- 
blée. Dans la moitié supérieure de Tépaisseur de la terre, 
on reconnut d'abord trois squelettes : la tête au sud, c'est 
à-dire dans la position opposée à celle que nous avions cou- 
tume de constater dans cette nécropole. De plus, certains 
ossements, ceux des bras par exemple, se trouvaient placés 
obliquement et presque debout. On recueillit auprès de ces 
squelettes une petite monnaie très oxydée mais facile à 
reconnaître comme pièce punique, et, pour la première 
fois, de petits lacrymatoires de terre cuite que i:ous devions 
rencontrer, par centaines, dans la suite des fouilles de cette 
nécropole. 

Nous en comptâmes vingt. Quelques-uns étaient cerclés 
de lignes brunes. On avait dû les jeter dans la fosse, lors 
de l'inhumation, car la plupart furent trouvés à la surface 
et étaient brisés. 

On recueillit ensuite un petit vase à double oreillon, de 
terre fine, rougeâtre à l'intérieur, noirâtre à l'extérieur, 
sans glaçure ni vernis. Cette poterie n'a pas l'aspect des 
vases que l'on trouve d'ordinaire dans les sépultures 



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— 31 — 

puniques. Enfln la tombe renfermait encore un vase de forme 
punique, portant sur la panse les marques de l'emploi du 
tour. 

Evidemment cette auge funéraire a été utilisée à plusieurs 
reprises et ces poteries indiquent une époque postérieure à 
la construction de la tombe. On trouva, en eflet, au fond, un 
squelette régulièrement placé, la tête vers le centre de la 
colline, et accompagné, comme à Tordinaire, de la lampe 
punique, de deux petites fioles et de deux vases de terre 
rouge, d'assez grande dimension, cerclés de filets noirs. 

IV. — Tombeau ouvert le 4 octobre i890 (1). 

Une surprise bien plus grande nous était réservée le 
samedi 4 octobre. Vers la fin de la journée, les ouvriers 
découvrirent à un mètre soixante-quinze de distance du 
tombeau précédent, une sépulture fort simple en apparence, 
car ce n'était qu'une fosse remplie de terre et couverte de 
dalles. 

En déblayant cette tombe, on trouva un riche mobilier 
funéraire. L'or, l'argent, le bronze, le verre, l'ivoire, etc., 
y étaient représentés. Voici la liste complète des objets 
sortis de cette sépulture. 

OBJETS D'OR. 

Frontal ou diadème; bandeau de trente-six centimètres 
de longueur, percé aux deux extrémités de petits trous per- 
mettant l'introduction d'un lien, pour le fixer. 

Pendant d'oreille^ anneau, ou mieux crochet, se terminant 
en forme de T patte, forme qu'on a coutume d'appeler la 
croix ansée. 

(1) Ce même jour, on découvrait, dans nie de Malte, à Notabile, an riche 
tombeau punique formé de deux cellules creusées dans le roc. Le mobilier 
se composait de plusieurs grands vases, de lampes de forme punique, d'un- 
guentariaf de paléres et de plusieurs bijoux. Une agrafe en or repoussé 
porte la palmette phénicienne entre deux animaux aflrontés.Ces pièces sont 
aujourd'hui conservées et exposées dans le musée de La Valette, à 
Malte. 



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- 32 - 

OBJETS d'argent. 

Bagtw, simple anneau. 

Figurine^ représentant un homme debout^ dans une atti- 
tude raide, la jambe gauche portée en avant, les bras pen«> 
dants et collés au corps. Le visage parait barbu (hauteur, 
trente cinq millimètres). 

Grain de fofi}w sphérique, percé pour être enfilé. 




à 




MoBiUEB FUNÉRAIRE (Dessins de M. Quinson). 

1. rendant d'^oreille en or. — 2. Miroir de bronze. — 3. Hachelle dt 
bronze — 4 el 5 Iforéeaux d'œufs d'autruche peinU. — 6. Coquille avec 

" anneau et charnière dé bronze. — 7. Alaba^ron. - 8 et 9. Vases de terre 
eu île 



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— 35 - 

Petite tablette^ à base regtangulaire et à angles supérieurs 
arrondis, munie d'une bélière. C*est une anoulette. 

OBJETS DE BRONZE. 

Deux disques (diam. 0°>,iO)> munis chacun d*un anneau au 
centre. La partie opposée à l*anneau est légèrement concave. 
Ce sont des cymbales ou des castagnettes. L'anneau de 
chaque disque servait à fixer les liens ou poignées par 
lesquels on les tenait pour les frapper Tun contre l'autre. 
Les Assyriens et les Egyptiens connaissaient ce genre 
d'instrument de musique. 

Miroir, de forme circulaire; diamètre, 0»,15, 

Sorte de pointe de flèche, à crochet. 

Anse de vase. 

IVOIRE, COQUILLES, ETC, 

Tablette d*ivoire, de forme rectangulaire, longue de soi- 
xante-sept millimètres et large de quarante-cinq. La face 
est ornée de ciselures en partie disparues dont les lignes 
permettent de reconnaître un travail de goût assyrien. 

D'après M. Georges Perrot,ce genre de plaques d'ivoire était 
€ un des principaux articles d'exportation de Tyr, de Sidon et 
de Carthage. » 

Deux grosses têtes d'épingles. 

Coquille bivalve (Pecten). Les deux valves sont liées ensemble 
à leur point de réunion par un fil de bronze formant double 
charnière; ce qui fait de cette coquillle une sorte de boite. 
Au centre de la face supérieure de la valve plane est fixé un 
petit anneau de bronze (1). 

Plus de quatre-vingts morceaux d'œufs d'autruche. L'un 
d'eux est orné d'un dessin composé de filets rouges formant 
damier. 

Plusieurs autres débris conservent également des traces 
de peinture au vermillon. Ces œufs d'autruche devaient être 
employés comme récipients. Un des fragments prouve que le 
bord de ces vases était quelquefois dentelé. 

(1) Voir la gravure, p. 8i. 



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- 36 - 

Deux petits morceaux de matière noire. L'un est une espèce 
de silex à cassare brillante ; il raie le verre et ne fond 
point à Faction du feu. L'autre, au contraire, de couleur 
moins vive, soumis à la chaleur, fond aussitôt en répandant 
une odeur très prononcée d'asphalte, ou, selon l'expression 
d'un de mes confrères, une odeur de caoutchouc brûlé. On 
dirait du bitume. 

VERRE, PATE DC VKRRK BT AUTRES MATIÈRES. 

Un collier, dont les éléments, qui ont pu être enfilés de 
nouveau, forment une longueur de un mètre cinquante-sept 
centimètres. 

A part quelques grains de bronze ou d'agate, tous les élé- 
ments de ce collier sont en pâte de verre. On y remarque 
quatre scarabées, plusieurs représentations du dieu Bès, six 
figurines de pâte noire, quatre masques, une figure ailée 
d^homme à tète de singe, une vache, un uroeus, une fleur de 
Mu^, deux unguentaria minuscules, etc., etc... Quant aux 
scarabées, deux sont de pâte verte et deux de pâte bleue. 
Ils ont été moulés et non taillés et gravés. C'est de la 
pacotille carthaginoise. 

UnepoêtUle (le verreirw^ (diamètre: dix-huit millimètres). 

Plusieurs milliers de petites perles rouges, blanches, jaunes, 
oranges, vertes, brunes, noires, de la dimension de celles 
que les enfants s'amusent à enfiler. Sans compter cellesqui 
«e sont égarées, et celles qui se sont brisées, elles repré- 
sentent réunies ensemble une longueur de cinq mètres 
8oixante«quinze centimètres. Quelques-unes sont demeurées 
soudées ensemble,et,dans ce cas,Ghaque groupe se compose 
d^léments de même couleur. 

Gela indique qu'elles entraient dans la composition d'une 
parure brodée, sans doute d'un pectoral à dessins variés, 
dont chaque ligne avait sa couleur particulière. La moyenne 
des perles enfilées étant d'environ soixante-dix par déci- 
ntèlrç, nous obtenons ainsi un total de plus de quatre mille 
de ces petites perles (I). 

(I) VoIp la gravore, p. 83. 



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Colliers puniques. 



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- 39 ^ 

CÉRAMIQUE. 

Vase de terre grise, à double oreillon, à panse ornée d'une 
bande rouge entre deux filets noirs. Avec son couvercle 
demi-sphérique, muni d'un bouton, ce vase mesure trente- 
sept centimètres de hauteur. On trouva au fond une matière 
noire et brune qui renfermait le diadème d'or décrit plus 
haut, avec quelques perles, des dents et des ossements 
humains. 

Beux vases de belle terre rouge, hauts chacun de onze cen- 
timètres, à panse sphérique, reposant sur un pied. Ces vases 
ressemblent à des coupes d'encensoir (1). 

Deiix cornets de terre rouge^ hauts de seize centimètres, 
cerclés de filets noirs, sans fond, ù base et à orifice évasés. 
Ce sont des supports de vases. 

Gobelet de terre rouge, cerclé de filets noirs. 

Patère de douze centimètres et demi de diamètre, à fond 
noir, à bord rouge d'orange, percé de deux petits trous pra- 
tiqués avant la cuisson ; ce qui en détermine la destination 
votive. 

Vase de terre grise, à double oreillon, orné sur la panse 
d'une bande rouge cerclée de filets noirs. 

7 rots coupes, larges et basses, à pied et à double oreillon 
noir et verni, ornées extérieurement de bandes noires sur 
fond rouge pâle. Elles diffèrent chacune de grandeur. C'est 
dans la plus grande que se trouvaient la plaque d'ivoire et 
les milliers de petites perles. 

Petit vase de terre noire comme les poteries de Gnmes, de 
forme élégante, h une seule anse. 

Petite œnochoé corinthienne, à panse à peu près demi- 
sphérique, à base circulaire et plane, correspondant au plus 
grand diamètre de la demi-sphère qui est de huit centi- 
mètres, à col très court et à orifice légèrement rabattu en 
tricorne. L'anse s'élève au-dessus de l'orifice en décrivant 
une courbe très élégante. Sa hauteur, l'anse comprise, est 
de onze centimètres. La panse est cerclée de lignes, les 
unes blanches, les autres de couleur sombre. Au-dessous de 

(1) Voir la gravure, p. 33. 



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-40- 

la naissance de Tanse, une zone renferme une file d'ani- 
maux au corps très allongé (1). Tout le reste de la bande 
est rempli de petits points. Autour du ool rayonne une 
rosace dont les branches sont bordées de traits gravés dans 
l'argile après la cuisson etaprès l'application de la peinture. 

POTBRIBS COMMUNES. 

Va»e de terre rouge, de fortne cylindrique, à base conique et 
au sommet en chapeau cliinois, sans col, à double orelllon, 
haut de quarante centimètres ; 

Vase de même terre et de môme forme, plus petit, n'ayant 
plus que les dimensions d'un œuf d'autruche ; 

Deux petites fioles à uneanse,de forme connue : l'une à bec 
étranglé et l'autre à orifice circulaire (2); 

Une patère en argile commune ; 

Une lampe punique, 

ALADASTRUM. 

Enfin on trouva, à côté de cette tombe, un alaha»lrum, 
haut de dix-neuf centimètres. L'albâtre dans lequel il a été 
taillé, n'a pas été poli. La surface a un aspect ligneux et 
porte des espèces de nœuds dont la teinte brune tranche 
sur les lignes horizontales grises et blanches de l'albâtre. 
Pour répandre le parfum qu'il contenait, le goulot a été 
brisé et ce détail que nous aurons plusieurs fois l'occasion 
de constater dans l'examen des mobiliers funérailles puni- 
ques, peut servir de commentaire au fracto alahasiro de la 
touchante et édifiante scène biblique de Madeleine embau- 
mant par avance le corps du Sauveur. (Marc. XIV, 3.) 

V. — Tombeau ouvert le i4 novembre i890. 

Un peu en arrière de la simple et riche sépulture que 
nous venons de décrire, on rencontra une autre tombe de 
forme semblable, renfermant le mobilier funéraire qui suit: 

(I) Un peut cyUndre trouvé dans une autre nécropole de Carlbage repro- 
duit la même suite d'animaux maigres marchant en flle. 
(t) Voir la gravure, p. 33. 



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Un muf d'aiUruùhe etUief* pefcé d'un trou au sommet et ne 
portant pas de traces de peinture ; 

Des morceaux d*îm second œuf d'autruche recueillis à côté 
de celui qui était intact ; 

Une petite fiole de terre grise, à base conique, munie d'un 
seul oreiilon^ hauteur huit centimètres ; 

Un gra$id vase d'argile grise j 

Deux vases de moyenne grandeur dix-neuf centimètres et 
vingt-un centimètres. 

Une coquille de saint Jacques^ valve convexe d'ttu Peoten ; 

Une hachette de bronze^ longue de dix centimètres ; 

Un miroir de bronze^ circulai re^ mesurant quinze centi- 
mètres de diamètre ; 

Un petit unguentarium en verre brun^ paraissant opaque 
et dans la pâtcduquel sont incrustées des lignes courbes de 
belle pâte jaune, sorte de fusions renvei*sés et superposés, 
d'un effet gracieux. 

Une languette fie matière noirâtre ressemblant à de la résine, 

ExtéHeurement elle parait opaque, mais en la brisant elle 
off^i'e la cassui^e brillante d'une faillie de eoUe foite. Sou- 
mise à l'action de la flamme d'une bougie, elle brûle comme 
de la cire à cacheter et répand une odeur de parfum. On ne 
peut donc douter que oe ne soit réellement de l'encens. Mais 
il me serait difficile de dire quel était le nom de cet aromate. 
On sait cependant que le lot (en latin ludanum), sorte de 
gomme odoriférante était employé, chez les anciens peu • 
pies, dans les usages funéraires. « On la trouve au fond 
des tombeaux, dit l'abbé Vigouroux (1), d'après Th. 
Smith (2), et son odeur a été remarquée parmi celle des 
parfums qui avaient servi à embaumer les cadavres. » 

Un petit caillou noir à lignes blanches parallèles, espèce 
d'agate ; 

Vingt-sept éléments d'un collier parmi lesquels la pièce 
principale est un ouHeux masque en pâte de verre (3) et le 
reste se compose de grains de même matière et d'ogate. Ces 

(1) La Bible et les découvertes modernes, 3* édition, t. Il, p. 17. 

(2) Th. Smllh. The history of Joseph, p. fl-K. 

(3) Voir II gravure, p. S7. 



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— 42 - 

derniers ont la forme de boules, de cylindres, de cubes ou 
de perles allongées. 

VI. — Tombeau ouvert le 16 novembre i890. 

Enfin toujours dans le même alignement, on découvrit 
encore une tombe derrière la précédente. Elle ne renfer- 
mait,avec les ossements du squelette,que les objets suivants: 

Une lampe punique; 

Un vase de terre rouge, de forme allongée, à uneseuleanse, 
comme nous en avions déjà trouvé plusieurs. Mais celui-ci 
offre une particularité. Au point de jonction des deux par- 
ties que le potier a réunies, il porte un bourrelet que je n'ai 
pas encore eu Toccasion de remarquer dans ces vases 
puniques ; * 

Deux vases plus grands que le précédent, ornés de filets 
noirs. 

Telles furent les principales découvertes amenées par les 
fouilles de 1890. Après une interruption assez longue, elles 
purent enfin être reprises et les travaux d'excavation nous 
permirent non seulement d'étudier la nécropole, mais aussi 
les construction s d'époques diverses qui s'élevèrent dans la 
suite des siècles au-dessus des tombes. Nous allons racon- 
ter maintenant les difficultés vaincues et les résultats 
obtenus. 



FOUILLES PRATIQUÉES EN 1892 ET 1893 

Après avoir trouvé sous l'arête même de la colline, des 
chambres funéraires ne renfermant ni traces de mortier, ni 
inscription, ni monnaies, ni vases grecs, nous avons décou- 
vert des tombeaux dans lesquels le mobilier funéraire de fabri- 
cation locale ou d'origine égyptienne, est complété, parfois 
remplacé par des poteries et des figurines d'importation 
grecque. Enfin les monnaies, d'abord totalement absentes, 
finissent par se montrer et en nombre considérable. 



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- 45- 

Vm (tase A îDbuimtion commuM dans laquelto repo- 
saieol pli««toar« centaines de Carthaginois, noua a fourni 
presque aulant de monnaies qoe nous avons e^^humé de 
sqaeleUes. 

l'état des fonilles permet maintenant» entre la découverte 
et rétude des sépultures carthaginoises, de reoonnaltre tes 
différentes constructions qui, 4 diverses époques, ont occupé 
remplacement de la nécropole punique. 

Afin de mettre de Tordre dans Texposé qui va suivre, je 
parlerai d'abord des constructions successives que notre 
large tranchée a rencontrées et qu'elle a dû parfois traver* 
ser pour atteindre te sol primitif de la colline et pénétrer 
parmi les tombes de l'antique nécropole. 

Kn veftoi la nomendatore : 

4» Cimetière musulman du moyen ftge ; 

2^ Maison byzantine ; 

9" Cilternes romaines ; 

4« Rue romaine ; 

5» Mur de fortiflcation ; 

6^ Série d'absides; 

t« Nécropole punique. 

Nous avons placé en tète de cette notice un plan 
et une coupe des ruines. Ce plan a été exécuté par 
M. Bonnet*Labrancbe, architecte de la catbédi'ale de Tunis. 
Le lecteur pourra s'y reporter en lisant le présent compte 
rendu des fouilles. 

1* Cimetière mmuhtutn. 

Ce que nous avons trouvé de moins ancien dans nos 
fouilles est un groupe de sépultures arabes. Ce petit cime- 
tière renfermait une vingtaine de tombes occupant un espace 
de sept mètres de longueur sur quatre mètres vingt-cinq de 
largeur, entouré de murs. Mais ces murs sont de beaucoup 
antérieurs aux tombeaux. Ils appartiennent à l'époque 
byzantine. 



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— 46 — 

Lorsque les musulmans choisirent cet emplacement pour 
inhumer leurs morts, ils trouvèrent un enclos tout préparé 
dans une salle à demi ruinée et en partie comblée dont les 
murs émergeaient du sol. La baie de rentrée de cette salle 
offrait un accès facile et permettait de fermer le cimetière. 
Plus tard les terres provenant du sommet de la colline fini- 
rent par ensevelir et les tombes arabes et les ruines de la 
maison byzantine. 

Les sépultures quoique simples sont d'un travail assez 
soigné. Elles offrent une forme particulière qu'on ne trouve 
plus en usage dans la Régence de Tunis (1). Mais des Euro- 
péens et des Arabes m'ont affirmé en avoir vu de semblables 
en Turquie et en Tripolitaine. 

Chacune des tombes se compose d'une dalle horizontale, 
étroite, de la longueur du corps qu'elle recouvrait. La face 
de cette dalle en porte une seconde qui s'y encastre au 
milieu, dressée à angle droit dans le sens de la longueur. La 
partie supérieure de cette seconde dalle est taillée presque 
en lame. 

Quelques-unes de ces tombes sont de marbre blanc et 
mieux travaillées que les autres. Dans celles-là la base de 
la partie taillée en lame est ornée de plusieurs rangées de 
baguettes et de moulures fort simples d'ailleurs mais de 
bon effet. Parmi les autres, il y en a en pierre du pays 
appelée kadeL Elles sont encore très soignées. Enfin les 
dernières sont faites de tuf coquillier emprunté aux ruines 
de la Carthage punique et taillé avec moins de soin. 

Les mieux conservées de c^s tombes ont été transportées 
dans le jardin-musée de Saint-Louis (2). Ce sont celles de 
marbre et celles de kadel. Elle se composent de deux ou 
trois éléments au plus, tandis que les tombes en tuf coquil- 

(l) M. 0. Hondas et II. Basset ont cependant rencontré en 1882, au coars ' 
de leur mission en Tunisie, deux lombes du même genre, de forme sinon 
idenUque du moine très voisine. L'une trouvée à Kairouan portait l'épitaphe 
d'une femme issue d'une famille û'atisars ou auxiliaires de Hahomet et 
morte i'an 42t de Thégire. L'autre portant également une inscription se voit 
obex If. Amédée Gandolfe, à Sousse. 

(S) Voir la gravure, p. ftl. 



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.^49 - 

lier comp^nt un plus grand nombre de pièces ajoutées Tune 
k l'autre. 

Sous ces tombes le corps du défunt reposait à un môtre 
environ de profondeur dans' un terrain rempli de débris, un 
peu au*des$us de la mosaïque qui doit paver cette salle 
comme les appartements contigus qui ont été complètement 
déblayés. 

Nous avons laissé en place un certain nombre de ces 
tombeaux qui ne remontent pas.au delà du moyen âge. 

2* Maison byzantine. 

La salle à demi ruinée dans laquelle les Arabes ont inhumé 
leurs morts faisait partie d'un édifice assez considérable 
dont les murs en certains endroits sont encore debout à la 
hauteur de plus de quatre mètres. 

Nous Tavons appelée Maison byzantine. 

Cette construction {voir le plan) est formée de trois corps 
de bâtiments entourant une cour rectangulaire de quatorze 
mètres soixante-dix de côté, pavée de dalles recouvrant une 
citerne. 

Une autre citerne, encore couronnée de sa margelle, 
occupe le milieu d'une seconde cour un peu plus haute de 
niveau, mais plus petite. 

La salle aux tombeaux arabes, avec une autre qui lui est 
contiguê,est séparée de la cour par une sorte de corridor 
pavé de mosaïque, long de plus de dix-sept mètres, large de 
trois mètres trente-cinq, et terminé par une abside dont la 
voûte, bien conservée, garde des restes de mosaïque. 

Toute cette portion de l'édifice, salles et corridor, se 
trouve à gauche de la cour centrale plus élevée de deux 
degrés. Sur la droite nous avons reconnu l'existence d'autres 
bâtiments qui devaient en faire le pendant. Mais nous nous 
sommes contentés d'en constater la présence sans pour- 
suivre de ce côté les fouilles, notre but principal étant la 
recherche des tombeaux puniques. 
Au fond de la cour où le sqI s'élève de près d'un mètre la 

4 



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- 50 - 

maison était aussi divisée en plusieurs pièces. Là nous avons 
trouvé une portion de voûte faite avec de grosses cruches 
noyées dans le mortier, mode de construction qui diminuait 
de beaucoup le poids de la maçonnerie. Dans un petit 
réduit situé à gauche, on a découvert un palier haut de 
quatre-vingts centimètres et mesurant près d'un mètre carré 
de surface. De chaque côté, deux marches, appuyées par 
une extrémité au mur, servaient à y monter. Peut-éti*e cette 
sorte d'escabeau a*t-il servi aux musulmans pour annoncer 
riieure de la prière, usage qu'ils ont conservé jusqu'à nos 

JOUI'S. 

J'attribuei-ais volontiers à la même origine plusieurs 
trous pratiqués dans le mur de l'abside qui termine le cor- 
ridor. J'en dirai autant d'un petit moulin à moudre le grain 
qui a été trouvé en cet endroit et ne diffère guère de ceux 
dont se servent les Arabes de nos jours. 

Les fouilles ont fait découvrir plusieurs tronçons de 
colonnes de marbre, une colonne de cipolin, de belles colon • 
nettes de marbre blanc intactes avec leur chapiteau et leur 
base, d'autres chapiteaux en onyx et des pilastres ornés de 
cannelures; une grande quantité de plaques de marbre de 
toute couleur provenant de riches parements. Je citerai, 
entre autres, deux disques de porphyre, l'un vert, l'autre 
rouge, mesurant chacun cinquante centimètres de diamètre. 
On recueillit encore de minces tablettes de marbre finement 
taillées. 

Le nombre de fragments de mosaïque trouvés dans les 
déblais fut aussi considérable que celui des marbres. Sur 
ces morceaux, nous pûmes reconnaître une belle tète de 
femme de grandeur naturelle, deux masques de théâtre, 
une tète de vache, les pattes et la crinière d'un lion, des 
serpents, des poissons et des oiseaux, tels que échassiers, 
perdrix, etc. ; enfin une vasque avec eau jaillissante, des 
guirlandes et des corbeilles de fleui's, des séries d'arcades, 
des imbrications multicolores et des portions d'encadrements 
formés de médaillons alternativement carrés et ovales. 

Des portions d'une mscription monumentale gravée en 



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- 53 — 

grands caractères sur des bandes de marbre blanc, largefe 
de quarante centimètres et longues de quatre-vingt-dix cen • 
timètreSySont sorties des fouilles avec d'autres fragments 
épigraphiques. Mais ce texte tronqué ne nous apprend rien 
de particulier sur la destination de cette riche habitation (1). 

En terminant ce qui concerne cette construction byzantine, 
je citerai comme trouvailles sorties des décombres, une belle 
tôte de Minerve en marbre blanc, deux mortiers en pierre 
noire, une boucle de cuivre, ornée de ciselures et portant un 
monogramme byzantin, puis deux clefs, une en fer et l'autre 
en bronze ciselé comme la boucle, enfin des lampes juives 
et une grande quantité de lampes chrétiennes. 

Deux poignées de lampes méritent d*étre signalées. L'une 
est un disque orné du monogramme du Christ accosté de 
Valpha et de Voméga, Sur plus d'un millier de lampes chré- 
tiennes que renferme notre collection, aucune ne nous avait 
encore présenté le monogramme constantinien accompagné 
des deux lettres symboliques. 

L'autre poignée offre la forme d'un poisson portant sur le 
flanc un petit poisson imprimé en creux. C'est l'emblème de 
Notre Seigneur Jésus Christ (!X0TS) portant les fidèles 
(pisciculi). 

Je dois ajouter que le mur du fond de cette maison 
conserve les traces de l'action d'un feu puissant t|ui a cuit 
et comme vitrifié les joints de mortier, et que des restes 
de murs romains ont été utilisés dans le plan de la dite 
maison byzantine. 

Une autre découverte, qui mérite d'être signalée, est celle 
d'un os énorme qui semble ne pouvoir provenir que du 
Squelette d'une baleine. Une couche de terre, dont l'épais- 
seur ne dépassait pas deux mètres cinquante centimètres 
recouvrait ce débris de colosse marin. 

Sur place, dans le sol, ce grand os mesurait plus d'un 
mètre de longueur, soixante-dix à quatre-vingt centimètres 

(I) Lm InscriptioAS trouvées dans les mioes de celle maison ont été 
publiées en 1891 dans les Mélanges d'archéologie et d'histoire de l'Ecole 
française de Rome. 



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— 54 - 

de largeur et trente (îentlmètres d'épaisseur. Sa forme 
était vaguement celle d'une omoplate, plutôt elliptique 
cependant que triangulaire. Une des faces était légère- 
ment concave et l'extrémité de cet os énorme se com- 
posait d'une partie demi-sphérique en saillie mesurant près 
de vingt centimètres de diamètre, à côté d'une partie con- 
cave de même forme et de môme dimension. Cette extré- 
mité était assurément le point d'attache de l'os avec le 
reste du squelette. 

Malheureusement, cette pièce, malgré toutes les précau- 
tions, n'a pu être extraite du sol sans tomber en morceaux 
d'une excessive fragilité et s'émiettant au moindre contact. 
La plupart de ces débris sont spongieux et légers comme 
de la mousse. 

Un autre fragment offre une particularité qui permettra 
sans doute de déterminer si nous avons réellement trouvé 
les restes d'une baleine. Sa forme est celle d'une grosse 
éponge. Elle est friable comme un léger biscuit. Mais, au 
centre, elle est percée d'un canal de cinq centimètres de 
diamètre, à parois blanches et compactes, qui pénètre l'os 
en diminuant de dimension, puis se bifurque. 

Un médecin de la marine militaire, qui a exa- 
miné cet os, croit qu'il appartient à l'appareil auditif. 

Enfin, un troisième morceau, mince, blanc et compact, 
ressemble à de la craie. 

Jusqu'à preuve du contraire, nous croyons avoir trouvé 
les restes d'un squelette de baleine. 

On peut maintenant se demander comment ces débris de 
baleine ont été apportés sur la colline de Saint-Louis. 

Leur découverte au-dessus des ruines romaines et byzan- 
tines indique qu'ils ont été jetés ou déposés en cet endroit 
lors de la destruction ou après la destruction de Carthage 
par les musulmans. 

Or, nous savons par saint Augustin, dans une lettre qu'il 
écrivit, en 408, à Deogratias, qu'à cette époque on conservait 
et on montrait à Carthage le squelette d'un monstre marin 
qui était sans doute une baleine, car c'est à propos du 



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— 55 — 

séjour de Jonas dans le ventre de la baleine qu'il cite ce 
fait : « Sans parler, dit-il, de ce qxtb des témoins rap- 
portent de la grandeur de ces monstres marins, on a 
pu juger, par les côtes colossales exposées en public, 
à Carthage, combien d'hommes pouvaient être contenus 
dans le ventre de ce monstre et quelle grandeur devait 
avoir l'ouverture de sa gueule, presque semblable à une 
porte d'entrée de cette espèce de caverne (i).» Serait-ce témé- 
raire, après un tel témoignage, de croire que les os énormes 
trouvésdans nos rouille3,ont appartenu à la belluamaHna dont 
parle saint Augustin ? On peut présumer que ce squelette 
gigantesque était conservé dans le Gapitole,etquec'estdelà 
que les débris auront été dispersés et jetés sur les pentes 
de la colline, lors de la destruction ou après la destruction 
de la ville. 

Au sujet de Jonas, tout le monde sait que le navire qui le 
portait, faisait voile pour Tharsis. On croit que <2ette ville 
était située sur la Méditerranée. Parmi les avis si divers 
émis sur l'emplacement de Tharsis, il me plaît de rappeler ici 
celui des Septante, de saint Augustin (2), de saint Jérôme et 
de Théodoret, qui ont pensé que celte ville n'était autre que 
Carthage. Cette opinion se retrouve au moyen âge chez un 
géographe arabe qui dit que l'ancien nom de Tunis était 

(f ) « Venter quem costae illae muniebant, qua Carthagine in publico 
fixae ptipulo notae swnt, quot homines in spatio suo eapere posset, quit 
non conjictat, quanto hiahi patebat os iUud, quodvelutjanua speluncae 
ilUus fuit f m GEuvres complètes de s. Aug. Ed. Vives. T. JV, p 7S0. 

(t) D'après saint AugasUn (Disc, sur le ps. XLVII, n* 6) les savants de 
son temps voyaient dans Tharsis, les uns la ville de Tharsus, patrie de 
TapAtre saint Paul, les autres, celle de Carthage. « Il est constant, dit-Il, 
que dès les commencements de son empire, Carthage a été florissante en 
vaisseaux, et si florissante, que les Carthaginois excellaient dans le com- 
merce et dans la navigaUon au-dessus de tous les autres peuples. En eflet, 
lorsque Didon, fuyant son frère, vint aborder la terre d'Afrique où elle fonda 
Carthage, elle prit pour s'enfuir, du consentement des principaux de son 
pays, des vaisseaux qui étaient destinés an commerce ; et diun la suite 
Carthage, après sa fondation, conserva toujours des navires pour le négoce. 
De là. vint pour cette ville un tel orgueil, que l'on peut à bon droit regarder 
comme personnifié dans ses navires l'orgueil d'une nation qui présume de 
choses aussi incertaines que le souffle des vents. » (Œuvres complètes de 
saint Augustin Ed. Vives, t. XII, p. 4t6). 



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-56. - 

Tharchiche. Quoi qu'il en soit, la scène de Jonas vomi par 
le monstre marin se rehcohtre souvent, à Carthage, sur* les 
lampes chrétiennes, et dans Tintérieur de la Tunisie, sur des 
carreaux de terre cuite dont on peut voir de très curieux 
exemplaires dans le musée de Saint-Louis. 

3» Citernes romaines. 

Derrière le mur en blocage qui forme le fond de la maison 
byzantine et parait d'époque romaine, on avait constaté à 
un niveau supérieur de quatre à cinq mètres, les ouvertures 
de plusieurs citernes. 

Une de ces citernes était très rapprochée du mur en 
question. Afin de pouvoir communiquer directement de la 
maison byzantine avec la chaussée supérieure, on pratiqua 
une brèche et on tailla un escalier dans le sol. ^ 

L*épais^eur de terre à travei'ser n'était que de un mètre 
soixante- cinq. Derrière le mur, on retrouva la terre jaune 
mêlée d'ossements humains, des débris de poteries funé- 
raires, avec des monnaies carthaginoises et des traces de 
charbon. On était de nouveau dans le sol de la nécropole. 
Mais, arrivé au mur de la première citerne,on recueillit collée 
à la maçonnerie romaine une monnaie qui semble bien avoir 
été placée à dessein par l'ouvrier qui construisit cette 
citerne. Elle nous en donne la date. Cette monnaie est de 
l'empereur Tibère et a été frappée à Utique, sous le duum- 
virat de Lucius Caecilitis Pitis. On peut donc attribuer avec 
raison au 1er siècle de notre ère l'âge de cette citerne. 

Plus haut, on découvrit et déblaya un angle d'épaisse 
construction dont la face sud-ouest conserve en partie la 
forme d'abside. Mais ces restes paraissent appartenir au 
vc siècle, comme le mur de fortification qui sera décrit 
bientôt. 

4» La rue romaine, 

Cette rue, dont on a retrouvé une partie des dalles encore 
en place, mesure cinq mètres de largeur. Les dalles de la 



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- 57- 

chaossée sont de forme quadrangniaire et ont été plaoéea 
obliquement par rapport au trottoir {crepiâo) dont les pierrea 
de bordure se voient encore. 

Cette voie montait en rampe de la ville basse et tournant 
à gauche venait longer le mur de fortification dont Je vais 
parler maintenant. 

50 Le mur de Théodose, 

Derrière la maison byeantine, comme il a été dit plus 
haut, le sol des anciennes constructions s*élôve subitement 
de quatre à cinq mètres. 

Après être passé sur les citernes et après tfvoir traversé la 
voie romaine, c'est-à-^lre à quinze mètres soixante-quinze 
du mur de soutènement contre lequel est adossée la maison 
byzantine, on découvrit un mur de fortification qui a été 
reconnu sur quatre-vingts mètres environ de longueixr. 
Large de quatre mètres vingt-cinq et en quelques endroits 
de quatre mètres cinquante, il se compose de deux pare- 
ments en pierres de grand appareil. L'intervalle est rempli, 
tantôt par de la maçonnerie en blocage, tantôt simplement 
par de la terre tassée. 

Il est facile de reconnaître que cette muraille a été cons- 
truite a la hâte. Nous pouvons en apporter, d'ailleurs, plu* 
sieurs preuves. 

Icl,une grosse pierre cubique a été Jetée à tout hasard dans 
les fondations. Tombée de travers, elle n'a même pas été 
mise d'aplomb. Là ce sont des corniches, des bases et des 
tambours de colonnes, des débris de statues qui ont été 
' employés dans la construction. On y a aussi trouvé de 
menus fragments d'inscriptions et un torse de Priape à base 
de dieu Terme. Déjà Beulé, en faisant des fouilles dans la 
même partie de la colline, avait trouvé un Terme et des 
débris d*inscription (FouUleê à Carthage^ p. 48). 

Cette muraille, dont l'assise inférieure repose sur le sol 
argileux, primitif et rempli de tombes carthaginoises, n'est 
assurément pas punique. Pour nous, ce doit être la muraille 
construite en 424 par Théodose II, et réparée par Bélisaire, 



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-- 58 — 

sous l'empereur Justinien. On sait, en efïet, par la chronique 
de sai ntProsperd' A quitaine,que, la seconde année du règne 
de l'empereur Théodose, Carthage fut entourée d'un mur, 
tnuro Carthago circumdaia, etc., et on conclut ordinaire- 
ment de ce texte que la citadelle fut reconstruite en même 
temps. 

A partir des citernes, vis-à-vis la construction qui s'élève 
au-dessus, on peut suivre à gauche les vestiges de la mu- 
raille sur une longueur de trente mètres. A l'endroit où elle 
cesse d'exister, on voit des constructions qui se dirigent à 
angle droit sous le plateau de la colline. Là, une portion de 
mur droit à face ornée de petits cubes de tuf disposés en 
opus reficulafumy appartient à l'époque romaine et doit 
représenter un des côtés d'une des entrées principales de 
la citadelle. 

Les fouilles, continuées un peu au-delà, ont fait reconnaître 
les traces d'un égout qui doit marquer le milieu du passage, 

Fait curieux à constater, cet égout se trouvait exactement 
au-dessous du sentier qui, du plateau de la colline, descen- 
dait droit au village de Douar-ech-Chott. Cette piste doit 
avoir succédé à une rue antique. 

La place occupée par l'égout porterait à six mètres cin- 
quante la largeur totale de la voie. Mais l'entrée de la cita- 
delle était plus grande. 

En avant de l'angle du mur et à cinq mètres quatre-vingts 
de distance, un massif carré de maçonnerie a été en partie 
déblayé. Le côté visible aujourd'hui mesure quatre mètres 
quatre-vingts. On y voit aussi des morceaux de colonnes et 
d'autres débris de marbre sculpté noyés dans le mortier. 

Près de là on a encore trouvé une grosse pierre {kadel) 
portant une sorte de crapaudinequiadù recevoir une poutre 
carrée de vingt centimètres de côté et provient sans doute 
de la porte dont nous avons constaté l'emplacement. 

Du côté opposé, c'est-à-dire vers l'angle sud de la colline, 
la muraille a été reconnue sur une longueur de quarante- 
cinq mètres jusqu'au voisinage des fouilles de Beulé où, 
dérouverte aussi par lui, elle disparut bientôt après son 



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— 59 — 

départ, sous la pioche impitoyable des Arabes chercheurs 
de pierres. 

6» Série d'absides, 

A trois mètres environ en arrière de la muraille de basse 
époque que je viens de décrire, les fouilles ont rencontré 
une longue suite d*absides appartenant à une série de salles 
contiguës dont les murs parallèles ont été entièrement 
détruits. Il en est de môme de plusieurs absides. Mais les 
séries que nous avons constatées permettent d'établir le 
nombre des absides qui ont complètement disparu ou qui 
sont encore cachées sous terre. 

En comblant les lacunes, nous comptons quinze absides 
occupant une longueur de quarante-huit mètres. On peut 
voir dans la tranchée les restes de huit absides. Il doit y en 
avoir quatre sous la partie qui n*a pas été déblayée. 

Ces restes d'une longue série d'absides semblent bien 
former la suite de celles que Beulé avait reconnues au 
nombre de six et qu'il a prises à tort, je crois, pour les for- 
tifications puniques de Byrsa. 

C'est sur les restes de ces absides et sur le mur de basse 
époque qui passe devant elle, que ce savant semble s'être 
appuyé pour tenter la restauration des murailles dans les- 
quelles il a cru retrouver la disposition intérieure et la 
dimension exacte des « murs creux et couverts b décrits par 
Appien. 

Mais Tissot a fait observer que Beulé s'est mépris sur la 
véritable destination de ces antiques constructions. 

Pour l'auteur de la Géographie comparée de la Province 
romaine d'Afrique, ces salles égales et parallèles, s'ouvrant, 
d'après Beulé, sur un corridor commun, ne sont autre chose 
que des citernes. 

Contrairement aux prévisions de Falbe (4), contrairement 

(1) « Il y a ea dans ce liea, dit Falbe, des eonstracUoDS de diverses 
époques et les rangs de débris situés sur la pente de la colline, à différente 
hauteur, peuvent faire concevoir ridée qu'on y trouverait les traces de la 
triple enceinte qui entourait Byrsa ou la citadelle de Carthage. • Reeherehes ' 
sur l'emplacement de Carthage, Paris, 1833, p. «7 



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-80- 

M% affirmations de Beulé (1) et enfin à Toplnion de TIssot, 
nos fouilles n'ont fait découvrir, dans le flanc sud'Ouest de 
la colline de Saint-Louis, aucun vestige des murs de Tacro- 
pôle punique et encore moins de citernes puniques. 

Les absides que nous avons mises à jour sont construites 
en moellons. Il y en a qui sont revêtues intérieurement d*nn 
parement de petits cubes de tuf en optis rcftcu^a<Mm,appareil 
qui est absolument romain. Elles sont donc évidemment 
postérieures à la Carthage punique. 

Elles devaient entourer une partie de la colline, car nous 
avons découvert d*autres absides semblables, à l'angle sud 
de la colline. Elles sont appuyées contre une sorte de mur 
énorme formé àTaide de grandes amphores romaines (2) qui 
ont été remplies de terre et placées par rangs épais dans le 
sol. Il y en a ju.squ'à huit rangées superposées sur une lon- 
gueur d*environ cinquante mètres. Cette construction origi- 
nale est assurément d'époque romaine, puisque plusieurs de 
ces amphores portent sur leur col, à Tencre rouge ou à 
l'encre noire, Tâge du vin qu'elles ont contenu et que les 
dates se répartissent entre les années 43 et i5 avant notre 
ère (3). Nous avons là une nouvelle preuve qu*elles sont 
bien romaines. 

J'ai émis ailleurs Topinion que ces absides pourraient bien 
être les restes des édicules dédiés à toutes les divinités du 
paganisme et qui, d'après un témoin oculaire de Tan 399 
de notre ère, entouraient comme d'un rempart le vaste 
temple de Junon Céleste, Carthagine Caelesti inesse ferehant 
iemplum nimis amplum, omnium deorum suorum aedibus 
valtatum, 

(0 Dêttlé mi ifQlr découvert !«• mura puniques de DyrM, sur und longueur 
de quarante mètres. * Il est naturel de penser, ajoute^t^il, qu'on les retrou- 
vera sur tout le flanc méridional de Tacropole. » FoutUes à Carthage, p. 19. 

(t) Uèulé, SU cours de tes fouilles, rencontra ce mur à amphores; mais, 
n'ayant pas poussé assez avant ses recherches, il ne put reconnaître ni leur 
mode d'emploi ni leur destination. 

(3) Les noms de consuls que portent ces amphores pour indiquer Tége du 
vin, peuvent servir de précieux commentaire aux passages d'Horace men- 
llonnsnt d«s vins ainsi datés. (Cf. Le Hur à amphores de la colline Saint- 
Louis, à Carthage. Paris» Imprimerie nationale, 1894.) 



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-81 - 

C«rtaiQft aavanta préfèrent voir dana oeUe série d'Hbsidea 
de simples contreforts destinés à soutenir 1^ terres du pl{^* 
teau de la colline. 

Je ne m'arrêterai pas à exposer iol les raisons qu'ils 
apportent pour appuyer leur opinion, oar j'ai h^te d'inti'O'* 
duire de nouveau le lecteur dans la nécropole punique. 



7* La Nécropole punique. 

Après avoir dépassé le cimetière arabe, traversé la maison 
romano-byzantine, être monté sur les citernes à Tétage 
supérieur par l'escalier improvisé dans le sol, après avoir 
franchi la voie romaine, le ipur de Théodose et la ligne 
des absides, on entre en plein sol naturel, terre argileuse, 
jaune, rouge et parfois blanche ou verdàtre. Là se trouvent 
immédiatement les sépultures puniques. 

La plupart des tombeaux qui se voient aujourd'hui ont 
été trouvés dans des recherches précédentes. Leur décou* 
verte a été racontée plus haut et leur n^obilier a été décrit» 
Il me reste à faire connaître maintenant les sépultures qui 
ont été trouvées en dernier lieu. 

Voici, tout d'abord, l'exposé de la découverte d'un grand 
caveau. 

Depuis longtemps mon attention était attirée par une sorte 
d'obélisque de tuf qui, debout dans la paroi verticale d'une 
fouille inachevée, pai'aissait occuper sa place primitive. 
Selon mes prévisions, ce monument devait indiquer l'exis- 
tence d'un tombeau plus ou moins profondément caché 
dans le sol. 

La première fouille avait été arrêtée par un épais blo- 
cage romain sous lequel il n'était pas prudent de s'engager 
et qui ne se laissait pas entamer facilement par la pioche. 

Un jour enfin, sans avoir eu besoin d'employer la 
dynamite, nous eûmes raison de cet obstacla, 

La stèle funéraire ftit dégagée et on put la placer sur W 
gros mur qui passait près de l'^ndroU qu'elle avait ocoupé. 



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Elle s'y dresse aujourd'hui comme on peut le voir dans la 
gravure ci-jointe. 

Quoique incomplet, ce petit obélisque mesure dans son 
état actuel un mètre quarante-cinq de hauteur. Qu'on se 
figure un tronc de pyramide à section carrée, ayant 
vingt-huit centimètres de côté au sommet et cinquante cen- 
timètres à la base qui est de forme cubique. Cette partie 
cubique était destinée seule à être cachée dans le sol, 
tandis que la partie pyramidale formait le monument exté- 
rieur. Le sommet devait se terminer "par une double cor- 
niche, comme l'autel égyptien en grès qui se voit au musée 
du Louvre, à Paris. 

Nous avons trouvé plusieurs de ces autels puniques dont 
le sommet est conservé et les tombes en renferment assez 
souvent des reproductions minuscules en pierre blanche et 
tendre. Ces derniers sont parfois ornés de dessins noii-s 
et rouges. Leur usage était celui de brùle-paifum. 

En creusant au-dessous de la pierre, stèle, autel ou 
obélisque, on ne tarda pas à rencontrer une grosse dalle 
épaisse de dix-huit centimètres, haute de quatre-vingt- 
douze centimètres et longue de un mètre cinquante-deux. 
Cette grande pierre, dressée de champ dans le sol, confir- 
mait nos conjectures. En continuant de creuser contre la face 
de cette dalle, nous devions infailliblement arriver à la 
porte du caveau. En effet, elle reposait sur le premier des 
gros blocs qui, en forme de poutres, constituent d'ordinaire, 
dans ces sortes de sépultures, le plafond de la chambre. 
Bientôt après, contre le premier bloc, on atteignit la dalle 
verticale qui fermait l'entrée de l'hypogée. Elle mesui*ait 
aussi dix-huit centimètres d'épaisseur et sa largeur était 
de quatre-vingt-seize centimètres. Une fois complètement 
déblayée, elle put être mesurée, quant à la hauteur. Celle-ci 
était de un mètre soixante-huit. Des deux grandes faces 
de cette dalle, celle qui s'appliquait à la baie de l'entrée 
était seule unie. L'autre face, extérieure, avait été laissée 
brute. 

Ce ne fut pas sans surprise que l'on vit, contre cette 
dalle de fermeture, une longue amphore placée debout. 



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Tombeau punique fermé, au-dessus^ petit obélisque funkkaihe. 



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— 65 — 

De forme cylindrique, à base conique, et sans coJ, elle 
était munie de deux oreillons. La pression du sol Tavait 
toute fendillée et lorsqu'on voulut la déplacer, elle tomba en 
morceaux^ laissant échapper son dépôt. Celui-ci se compo- 
sait dans la partie supérieure de Tamphore, des ossements 
d'un adulte et de ceux d'un enfant ne portant aucune trace de 
crémation, puis au fond, des ossements calcinés d'un autre 
enfant accompagnés d'une petite bague en argent, d'un bibe- 
ron et d'un vase noirci par l'action du feu (1). Enfin, près de 
cette amphore, on ramassa un tesson de belle poterie 
grecque. Cette sépulture extérieure et la pierre de fermeture 
encore en place semblaient nous réserver un hypogée intact. 

Il n'en fut rien cependant, car, la chambre une fois ouverte, 
on constata que la tombe avait été violée de longue date. 
Il est même certain qu'elle fut visitée du temps des Cartha- 
ginois. L'amphore funéraire déposée contre la dalle de 
fermeture nous en fournit la preuve. 

La chambre était à demi remplie de terre. Elle renfermait 
deux sarcophages; mais un seul était couvert de ses deux 
dalles. Encore une de ses dalles avait-elle été déplacée et ne 
reposait-elle plus sur ses angles. Evidemment on l'avait 
levée pour visiter l'auge funéraire et on l'avait laissée 
retomber au hasard sans se soucier de la remettre en place. 
Il était facile de reconnaître qu'on avait agi à la hâte. 

Quoique visitée jadis par les Carthaginois, cette tombe 
n'en fut pas moins soigneusement déblayée. On recueillit 
tout d'abord, avec son anse, le goulot trilobé d'une œnochoé 
grecque de belle terre noire et brillante. Ce débris d'un 
magnifique vase à ornements peints, s'adaptait exactement 
au fragment de poterie trouvé à l'extérieur avant l'ouverture 
de la chambre et confirmait qu'elle avait été visitée, puis 
refermée ensuite. 

Voici la liste des autres objets trouvés dans cette tombe : 

l» Uncpath^e; 

2® Deiix hachelles de bronze; 

3» Un piton ou goupille de bronze; 

(I) Tel est le mobilier ordinaire des sépullures d'enfant. 



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- 66 - 

4» Une petite fiole de terre rouge ; 

5« Une petite calotte dHvoire de la grandeur d'un bouton ; 

6« Un morceau de soufre d'un très beau jaune; 

7« Plusieurs fragments d*un grand vase. La partie interne 
d'un de ces fragments conserve des traces d'un dépôt blan- 
châtre formé par l'évaporation du liquide qu'avait contenu 
le vase. 

Cette chambre, dépourvue de niches à l'intérieur, mesurait 
deux mètres vingt- neuf de longueur, un mètre soixante- 
quinze de largeur et un mètre soixante- trois de hauteur. La 
baie d'entrée haute de un mètre vingt-deux est large de 
soixante-dix centimètres. Cette baie a été refermée par la 
grande pierre que nous avions dû ôter (1). 

Des diverses chambres sépulcrales que nous avons décou- 
vertes dans la nécropole de Saint-Louis, l'une se présente 
par le flanc; une autre, en grande partie détruite, offre une 
coupe en travers à soixante centimètres du fond et montre 
ses deux niches; une troisième se voit par sa façade posté- 
rieure avec les niches béantes; les autres offrent aux regards 
du visiteur leur entrée par laquelle on peut pénétrer dans 
l'intérieur. 

Près de ces caveaux sont d'autres genres de sépultures. 
Ici c'est un sarcophage isolé que nous avons laissé à la 
place qu'il occupe depuis plus de deux mille ans (2); là ce sont 
de grandes auges faites de plusieurs grosses dalles et tenant 
le milieu entre la simple fosse ou le sarcophage monolithe 
et les chambres funéraires. 

Le touriste et l'archéologue qui visitent nos fouilles peuvent 
ainsi en quelques instants avoir une idée nette et précise 
de la forme extérieure et de la disposition intérieure des 
tombes puniques. 

Les squelettes déposés dans les vitrines du Musée de 
Saint-Louis et la collection des mobiliers funémires achèvent 
de les fixer sur le mode de sépulture usité à Carthage, 
mode qui diffère complètement de la tombe juive ou 
romaine. 

(1) Voir la gravure, p. 63. 

(2) Voir la gravare cl-conlre. 



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Sarcophage punique. 



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- 69 - 

A côté du caveau dont je viens de rapporter la découverte 
s'en trouvaient plusieurs autres. Mais c'étaient des sépultures 
beaucoup plus simples. Ce sont d'ordinaire des fosses creu- 
sées en terre et fermées par des dalles. Cependant quel- 
ques-unes de ces tombes renferment parfois des objets très 
intéressants. C'en est une de ce genre qui nous a fourni le 
riche mobilier funémredontj'ai donné la description dans le 
compte-rendu des fouilles de 1890. Une autre également fort 
simple contenait une parure formée de près de deux cents 
éléments, grains de pâte de verre et amulettes. 

Parmi ces dernière, je citerai une main ouverte, en ivoire — 
une tête de bélier qu'on dirait taillée dans un morceau de 
lave, comme les objets fabriqués par les Napolitains avec la 
lave du Vésuve, — deux disques, — deux disques surmontés 
du croissant, les cornes en bas, comme sur les nombreuses 
stèles votives de Carthage, —deux lions couchés avec hiéro- 
glyphes,— deux urœtis dont un conserve encore le ftl d'argent 
qui servait à le suspendre, — deux crocodiles, — trois éper- 
viers, — six éléphants ou hippopotames, — six coquilles 
naturelles, — quatre cônes, — huit scarabées dont six avec 
sujets ou hiéroglyphes sur le plat, — huit cylindres, — onze 
têtes de monstres qui, à première vue, avaient été prises 
pour des grenouilles ou des crapauds, — vingt et un person- 
nages, tels que Bès, Phtah, Anubis, Osîris, Isis, etc.. et 
enfin deux masques surmontés du croissant les cornes en 
haut comme sur la tète d'Isis-IIathor. 

Ces masques cornus font songer au Daàl-Kornatn qui était 
adoré vis-à-vis de Carthage au sommet du Bou-Komeîn, la 
montagne aux deux cornes sur laquelle ont été trouvées 
récemment quantité de stèles votives dédiées à Saturne 
surnommé Balcaranensis, c'est-à-dire « Baàl cornu ». La 
ville Astarothcamaim citée dans la Genèse (xiv, 5) devait 
aussi probablement son nom à sa situation sur deux collines 
ou sur une montagne à double sommet. Peut-être même 
dans les deux cas, en Palestine et en Afrique, la montagne 
à double sommet élait-elle adorée par les païens comme 
personnification de la divinité. Tacite ne dit-il pas du 
Carmel : ila vocant montem denmque ? (Histoires^ II, 78.) 



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- 70 - 

Voici la description d'une autre tombe très simple que 
nous avons reconnue sous la voie romaine dans un endroit 
où celle-ci était dépourvue de ses dalles. Ce n'était qu'une 
fosse de la grandeur du corps, large seulement de trente* 
cinq centimètres. Les dalles qui fermaient cette fosse 
offraient, à leur face inférieure, une teinte d'un rouge brun 
comme si elles eussent été rougies de sang. Cette parti* 
cularité doit avoir été produite par les infiltrations à travers 
le sol. Sur la terre qui remplissait la fosse on trouva d'abord 
une côte d'animal. Puis au fond, à la profondeur de quatre* 
vingt-cinq centimètres, reposait le squelette ayant à ses 
pieds une patère renfermant une lampe à double bec noirci, 
et à côté une hachette de bronze. En retirant avec soin les 
os d'une des mains, on trouva un doigt encore entouré 
d'une bague de bronze. 

On a encore trouvé dans cette partie de la nécropole des 
sépultures d'enfants. Le squelette repose alors dans une 
amphore avec un mobilier funéraire, dans lequel entrent 
ordinairement, le biberon à bec sur la panse et une sorte 
de marmite toujours noircie au dessous par la flamme. 
L'amphore est ordinairement couchée horizontalement dans 
le sol. D'autre fois elle a été placée debout ou oblique- 
ment (i). 

Passons maintenant à une autre partie de la nécropole 
située à gauche du cimetière arabe et de la maison 
byzantine, à l'endroit où le mur de Théodose rencontre le 
sentier qui du plateau de la colline va droit au village de 
Douar-ech-Chott. Là nous avons trouvé quantité de sépul- 
tures parmi lesquelles je signalerai une chambre funéraire, 
deux tombeaux contigus, et une fosse considérable à 
inhumations communes. 

La chambre funéraire fut découverte par le plafond qui se 
compose, on le sait, de grosses pierres taillées comme des 
poutres et placées l'une contre l'autre. En levant celui de 
ces blocs qui était le plus au nord-est nous devions trouver 
le fond du caveau et, en effet, on put bientôt y pénétrer par 
l'ouverture d'une niche qui mesurait cinquante-cinq centi- 
(i) Voir la gravure ci-conlre. 



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— 73 - 

mètres de largeur, cinquante centimètres de hauteur et 
vingt-cinq centimètres de profondeur. C'est le premier 
tombeau de la nécropole dans lequel nous constations une 
seule niche. 

La chambre était presque entièrement comblée de terre et 
de débris. En la déblayant on constata qu'elle renfermait les 
restes d'une quarantaine de Carthaginois. Quelques crânes 
seulement étaient assez bien conservés. On retira de cette 
sépulture plus de deux cents poteries, quantité de monnaies 
et d'autres objets. 

Evidemment, elle avait été ouverte bien des fois et à des 
époques différentes, ainsi que le prouve la variété des objets 
funéraires qu'elle renfermait. 

Beaucoup de poteries étaient brisées. Nous avons pu 
cependant en retirer en bon état quatre lampes puniques 
dont deux trouvées en place sur leur patère, — deux lampes 
grecques dont une extrêmement petite, — huit plats à anse, 
— cinq fioles à une anse et à bec sur la panse, sortes de 
biberons, — dix autres fioles à une anse, — cinq petites 
marmites, — plus de cinquante lacrymatoires ou unguentaria 
de terre cuite,— quatre patères dont une fort belle (1) de terre 
noire et de fabrication grecque, et ornée intérieurement de 
quinze masques tragiques imprimés en relief et disposés en 
cercle, — enfin quatre grands vases à double oreillon. L'un 
d'eux a le sommet de la panse décoré de zones de couleur 
sombre. Les autres posés sur leur orifice, offrent dans cette 
position renversée, la forme de la couronne blanche des rois 
de la Haute-Eg>'pte. 

Parmi ces poteries, les unes étaient couchées au milieu de 
la terre et des ossements, les autres debout, d'autres enfin 
renversées sans ordre. 

Nous avons, en outre, recueilli dans cette tombe, comme 
bronze, un anneau, un clou, une hachette, quatre pitons ou 
goupilles à tige bifurquée et un miroir ; puis une bague en 
fer avec chaton d'agate, une coquille, une balle de fronde 
de terre cuite, une petite main en os ou en ivoire, un cou- 
vercle en pierre de petit sarcophage, trois grains de verre 
(1) Voir page 75. 



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— 74 — 

bleu, enfln cinquante-quatre monnaies de bronze. A part 
trois ou quatre de petite dimension, toutes sont de moyens 
bronzes. Une de ces monnaies s*étant trouvée placée sur 
le visage d'un cadavre, a donné, en s'oxydant, une teinte 
verte au crâne. 

Quelques pas en arrière de Hiypogée qui renfermait tant 
d'objets, on découvrit une simple fosse fermée de dalles, 
puis un caveau à moitié détruit. Ces deux sépultures n'ont 
pas été entièrement explorées. Mais à côté d'elles, sur la 
gauche, nous avons rencontré deux grandes auges formées 
chacune d'épaisses dalles de tuf. Ces deux tombeaux 
diffèrent de dimension intérieure. L'un mesui'edeux mètres 
de longueur, l'autre deux mètres vingt;lepremieraun mètre 
vingt-cinq de profondeur, le second, un mètre seulement. 
Enfin la largeur est de soixante-dix centimètres dans le plus 
grand et de soixante-cinq centimètres dans le moins grand. 

La terre avait complètement envahi ces deux tombeaui. 

Le premier contenait, comme mobilier funéraire, des 
petites fioles, un petit vase à double anse avec son cou- 
vercle, une petite lampe punique, des morceaux d'œuf 
d'autruche, un petit autel en pierre blanche et tendre, quatre 
lampes puniques de grandeur ordinaire placées sur leur 
patère, un petit vase déposé dans une sorte de bol, un vase 
de terre fine orné de dessins et enfin une bouteille fort 
curieuse ayant la forme d'un cône sur lequel s'emmanche 
un long col droit à ouverture trilobée, muni d'une anse très 
élégante et du meilleur effet. 

Voici maintenant l'inventaire du second tombeau : 

!• Petit vase grec avec couvercle ; 

2« Petits vases ornés de cercles de couleur ; 

3» Grands vases à zone de couleur, trouvés debout ; 

4* Vase en forme d'outre Sivec anse et petit bec sur le flanc, 
sorte de biberon ; 

5« Biberon et petit vase rond à une anse ; 

6« Lampe trouvée en place sur une patère ; 

7» Petits vases y ungttentaria ; 

8» Bague de fer; 



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Vask de fabrication grecque trouvé dans une tombe punique; 
d'après un dessin de M. d'Anselme de Puisaye. 



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— 77 — 

9« Petit sarcophage de pierre rempli d'ossements et de 
cendres et fermé de son couvercle. 

Il est inutile de faire observer que ces deux tombes ren- 
fermaient plusieurs squelettes et ont été utilisées à des 
époques diverses. 

Ces caveaux et ces auges se trouvaient ensevelis sous une 
épaisse couche de terre, ayant servi de fosse commune. 
La fosse commune occupe un espace considérable. Nous y 
avons jusqu'à présent rencontré plusieurs centaines de 
squelettes accompagnés de petits vases et aussi de 
monnaies. 

Les cadavres avaient été placés dans la terre par rangées 
superposées. Il n*est pas rare de voir dans la paroi verticale 
de la fouille, quatre ou cinq crânes Tun au-dessus de l'autre. 
Les squelettes offrent dans le sol l'aspect de stratifications. 
Ils forment avec l'argile une masse compacte de laquelle il 
est impossible de les extraire sans briser tous les ossements, 
sans les émietter. 

Un fragment de stèle de Telle publié par M. Georges 
Perrot (i) et représentant une scène d'inhumation com- 
mune, reproduit bien ce que nous trouvons à Carthage. 
Mais dans le bas-relief chaldéen les'cadavres sont couchés 
et alignés de manière que les pieds de l'un soient contigus 
à la tête de l'autre, tandis que dans la fosse commune de la 
nécropole punique de Saint-Louis, tous les cadavres ont été 
déposés dans le même sens, la tôte toujours placée vers le 
centre de la colline. 

C'est dans cette partie de la nécropole qu'a été trouvée 
une curieuse statuette de terre cuite que nous reproduirons 
et décrirons plus loin. Plusieurs veulent y voir une des 
représentations de la déesse Tanit, l'Astaroth de la Bible. 

Deux autres figurines, l'une où se reconnaît l'influence 
grecque, l'autre qui a l'aspect d'une momie égyptienne, sont 
également sorties du même cimetière punique. Malheureu- 
sement dans la seconde, la tète et le bas de la gaine 
manquent. 

(I) Histoire de l'ArX, t. Il, p. 590, flg 2«3 



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— 78 — 

Les poteries qui accompagnent les squelettes sont ordi- 
nairement de petites fioles lacrymatoires de terre cuite. 

Les monnaies retirées de cette fosse dépassent le nombre 
de deux cents. Ce sont toutes des petits et moyens brons^es. 
Plusieurs sont percées d'un trou qui permettait de les 
enfiler et de les suspendre au cou*comme amulettes ou 
comme éléments de collier. Nous en avons trouvé plusieurs 
soudées ensemble dans Tordre où elles avaient été enfilées. 
Bon nombre conservent sur une de leurs faces, dans 
répaisseur du vert-de-gris qui s'y estforpné, l'empreinte de 
l'étofTe du vêtement ou du linceul avec lequel elles ont été 
en contact. 

Malgré leur mauvais état de conservation, quelques-unes 
de ces pièces ont pu être déchiffrées. 

La plupart portent sur la face une tête de divinité et au 
i-evers le type du cheval. 

En voici plusieurs qui méritent d'être signalées. 

Monnaie de dix-sept millimètres de diamètre. Sur la face, 
on voit le profil d'une tête de femme à nez aqiiilin, tournée 
à gauche. Derrière la tête, se lit la lettre punique Ain, 
Deux autres lettres puniques accostent le cou à droite et à 
gauche. 

Le revers porte trois épis barbus, accompagnés à droite 
de la lettre ch et à gauche de la lettre 6. 

Le cabinet dès médailles possède plusieurs exemplaires 
de cette pièce. Le savant numismate Muller (1) avait classé 
ces monnaies parmi les incertaines de la Mauritanie. Mais 
M. Babelon, le savant conservateur du département des 
antiques et des médailles de la bibliothèque nationale, les 
attribue à Garthage même. Quant aux lettres puniques, elles 
sont encore inexpliquées. M. Babelon pense qu*il faut y 
reconnaître la première et la dernière lettre du nom d'un 
magistrat de Garthage, suivant le mode d'abréviation adopté 
pour les noms des rois de Numidie sur leurs monnaies. 

Autre monnaie à bord taillé en hiseau ; diamètre, vingt- 
Ci) Numismatique de l'ancienne Afrique, t. YIII, p. 177. 



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- 79 — 

huit milltmôtres. En voici la description que je dois à la 
complaisance de M. Babelon : 

c D*un côté, on lit : BAZiAEttS nTOAEMAlOT autour de 
la tête de la Libye représentée avec des cheveux calamis- 
trés. 

« De l'autre côté de la pièce, on doit apercevoir les traces 
de la tête diadémée de Ptolémée. » 

Malheureusement, dans Texemplaire en question, la tète 
de Ptolémée se distingue à peine. 

« Cette monnaie, ajoute le savant numismate, est attri- 
buée à Ptolémée II Philadelphe, mais avec une certaine 
réserve. » 

On sait que ce roi d'Egypte monta sur le trône en 385 
avant notre ère. C'est à lui que Ton doit la traduction 
grecque de la Bible, traduction connue sons le nom de 
Septante. Il mourut en 247. Mais la monnaie dont nous avons 
trouvé un exemplaire dans la fosse à inhumation commune, 
fut frappée, m'écrit M. Babelon, pendant toute la période 
ptolémalque et sous tous les règnes, non seulement en 
Egypte, mais aussi en Cyrénalque. Elle dut également avoir 
cours à Carthage. En tout cas sa présence dans la nécropole 
de la colline de Saint- Louis permet d'établir que les tombes 
de la fosse commune ne remontent pas au delà du m© siècle 
avant notre ère. 

Autre monnaie de vingt-six millimètres de diamètre, La 
face porte une belle tète d'Ares (i), couronnée de lauriers, 
imberbe, tournée à droite devant le mot afeoi:. 

Au revers, on voit un aigle debout, tourné à gauche, sur 
un foudre, avec cette inscription : MAMEPTiNnN. 

Ce bronze est donc une monnaie des Mamertini de Sicile, 
de ces Mamertins qui les premiers appelèrent les Romains à 
leur aide pour combattre les Carthaginois. Ils devinrent 
ainsi, en 264, l'occasion de la première guerre punique qui 
dura vingt-deux ans. 
Ces monnaies nous fournissent des renseignements aussi 

CD Ares est le nom grec da diea Mars. 



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- 80 — 

précieux qu'inattendus. L'époque où elles ont été frappées, 
établit d'une façon certaine, que la nécropole punique de 
Byrsa était encore utilisée au m» siècle avant notre ère. Il 
n'y a même aucune raison de croire qu'on cessa d'y enterrer 
à cette époque et rien ne s'oppose à admettre que cette 
nécropole a servi jusqu'aux dernières années de l'existence 
de la première Garthage (i). 

Ck)mme je l'ai dit plus haut, après avoir trouvé des tom- 
beaux profondément cachés sous le sol, construits en grand 
et bel appareil, sans trace de mortier, sans inscription, sans 
monnaies,nous avons reconnu,avec la présence de monnaies, 
l'emploi de petits sarcophages et l'usage de la crémation. 

La découverte d'un nombre assez considérable d'urnes 
funéraires renfermant des ossements humains calcinés, 
prouve que les Carthaginois, contrairement à ce que l'on 
avait cru jusqu'à ces dernières années, adoptèrent parfois 
l'usage de la crémation, usage qu'ils empruntèrent aux 
Grecs comme ils leur empruntèrent le culte de Gérés et de 
Proserpine. Un passage de l'historien Justin afQrmait, il est 
vrai, que les Carthaginois brûlaient leurs morts. Mais la cri- 
tique moderne a mis en doute l'assertion de Justin. On l'a 
traitée de fable et de conte apocryphe. Dureau de la Malle 
trouve que l'historien latin a commis une lourde méprise et 
Beulé, adoptant ce jugement, tout en citant un cas où les 
Carthaginois brûlèrent leurs morts tombés sur le champ de 
bataille, admire la sagacité du savant qui a su découvrir 
Terreur de Justin. Or, les corps calcinés trouvés dans la 
nécropole punique de Byrsa, ne laissent plus de doute à cet 
égard. Un certam nombre de Carthaginois pmtiquèrent la 
crémation. Cut usage a été également constaté dans la nécro- 
pole de Sidon en Phénicie et en Tunisie dans celle d'IIadru- 
mète (Sousse). 

(1) Ces conjectures sont plainemenl confirmées par une récente décou- 
verte. Dans un cimetière romain que nous fouillons (mai 1896), près de 
l'amphilliéâlre, les plus anciennes urnes renfermant les os calcinés du 
mort sont accompagnées de lampes et de vases romains, avec un mélange 
de poteries identiques à telles que l'on a trouvées dans les tombes les 
moins anciennes des nécropoles puniques de Bordj-Djedid et de Byrsa. 



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— 81 - 

L'exemple de Dureaa de la Malle et de Beulé montre 
quelle réserve doivent apporter dans leurs critiques les his- 
toriens et les archéologues qui interprètent et commentent 
les témoignages des auteurs anciens. 



Avant de terminer la présente notice, il convient de mettre 
sous les yeux du lecteur quelques-unes des pièces les plus 
curieuses sorties de la nécropole. Voici une statuette de 
terre cuite, de couleur rouge brique, haute de dix-huit cen- 
timètres. Ouverte par la base, cette figurine est complètement 
creuse. Elle porte en outre dans le dos un large trou d*évent 
à peu prés circulaire (voir la figurine p. S2). 

Cette terre culte représente une déesse qui parait assise. 
La tête est coiffée d*une haute couronne évasée en forme de 
boisseau ou de corbeille. Les oreilles sont ornées de pen- 
dants et la poitrine est couverte d'un pectoral ou double 
collier. Le vètem^iti plissé en larges festons au-dessous des 
genoux, se développe autour du buste en forme de disque 
ou de coquille, de sorte que le haut du corps semble sortir 
de cet ample vêtement qui cache complètement les bras. 

On est tenté de reconnaître dans cette figurine une des 
façons de représenter Tanit, la fameuse déesse de Carthage, 
qui n*est autre que TAstaroth si souvent nommée dans la 
Bible (i). On sait qu'à Carthage la statue de la déesse était 
parée d'un riche manteau, dont les Carthaginois avaient fait 
Tacquisition au prix de 120 talents, somme qui représente 
660.000 francs de notre monnaie. D'après la description 
reproduite par Aristote, ce précieux cachemire était de 
forme carrée, mesurant quinze coudées décote. Sur un fond 
rouge pourpre, se détachaient des broderies artistiques. Le 
centre offrait à la vue les figures des principales divinités 
de la Grèce, Jupiter, Apollon, Junon, Minerve, etc... 

Au-dessus du groupe principal apparaissaient les animaux 
sacrés des Susiens et au-dessous ceux des Perses. Dans les 
angles étaient encore d'autres figures, parmi lesquelles le 

(I) Cf. s. Aog. QutiesUonum in Ueptatmchum, lib.VII, q. 16. Œuvres 
oomplèlM, Paris, Vives, t. Vllf, p. 70. 

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— 82 




Statuette de terre cuite : 0",18; dessin de M. d'Anselme 

DE PUISAYE. 



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- 83 - 

portrait d'Alcisthène, riche sybarite qui avait fait exécuter 
pour son usage personnel cette merveilleuse draperie. C'est 
lui qui la céda à Denis TAncien, lequel la revendit aux Car- 
thaginois vers le commencement du iv<î siècle avant notre ère. 
A cause sans doute de son prix, de sa rareté et de sa beauté, 
les Carthaginois attachèrent à ce voile une influence supers- 
titieuse. Pendant longi».mps le péplos de Tanit fut regardé 
comme \epalladitim souverain de la cité. 

En voyant notre statuette, on peut se demander si l'artiste 
carthaginois qui Ta façonnée, n'a pas eu l'intention de 
figurer sommairement le fameux péplos, sans toutefois qu'il 
ait eu l'intention d'y indiquer les riches broderies dont il 
était orné. 







TÊTE DK FiGURiNK DE TERRE CUITE : 0"',0(); dessiii lie M. d'Anselme 

DE PUISAYE. 

Le musée de Saint-Louis possède La tète d'un second 

exemplaire de cette figurine. Les traits du visage y sont mieux 

accentués. Les cheveux disposés de chaque côté en deux 

grosses masses, rappellent la coiffure de certaines femmes 

rabes des tribus nomades de la Tunisie. 



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Carthage a été seule jusqu*à présent à fournir des figu- 
rines de ce genre et Ton conçoit l'intérêt particulier qui 
pour lors s'attache à cette pièce d'art local (i). 

Une autre terre cuite digne d'attirer l'attention, est une 
isorte de bouteille ou d'alcarazas, ofTk*ant la forme d'Une 
colombe de grandeur naturelle. Le goulot est placé à lik 
naissance de la queue et le liquide se déversait par lé bec 
(voir la grav. p. 85). 

Une torsade qui va du goulot au cou de l'oiseau, servait 
d'anse. Cette poterie de terre blanchâtre, haute de dix-huit 
centimètres, conserve en plusieurs places, particulièrement 
aux ailes, des traces de couleur rose. 

M. le marquis de Vogtié comparant notre colomije à 
d'autres vases sortis de la même nécropole et semblables à 
ceux que l'on trouve dans les plus vieilles nécropoles de 
Chypre et de Rhodes, est d'avis qu'elle appartient à la même 
série de monumehiSi car elle a la plus grande analogie avec 
des vases trouvés à Chypre et qui reproduisent aussi des 
figures d'animaux. 

c Faut-il en conclure, ajoute-t-il, que ce vase, ainsi que 
ses congénères, a été Importé directement de l'Archipel? Ce 
serait peut-être aller ttn peu loin : on peut supposer que les 
objets de fabrication courante ont été exécutés sur place, sous 
l'influence des mêmes causes qui ont inspiré les objets de 
même style, sur les divers points du littoral méditerranéen, 
colonisés ou visités par les navigateurs phéniciens. Mais il 
est certain que, dès les premiers temps de l'existence de 
Carthage, c'est-à-dire au vif siècle et au vi^, il y a eu 
importation d'objets étrangers venant, soit d'Egypte et por- 
tant le cachet égyptien, soit de l'Archipel et dénotant une 
influence hellénique, m M. de Vogué range de ce nombre un 
magniflque vase de bronze doré trouvé également dans la 
nécropole de la colline de Saint-Louis (voir la grav. p. &). 
Voici la description que j'en ai déjà donnée ailleurs. Il 
mesure trente-deux centimètres de hauteur, y compris 

(i) Le romée de Saini-Lovii ponMe on fraf ment d*an iroitièiiie eieiu- 
pUirede cette statuette. 



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Vasb db bronze doré trouvé dans un tombeau punique. 



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DÉTAILS DE L'ORIFlCe DU VASB DB BRONZE. 

TansG qui s'élève au-dessus du )3ec en décrivant une courbe 
très élégante. Les deux points d'attache de cette anse sont 
remarquables. L'extrémité qui rejoint le sommet du va.se, 
fi l'intérieur de l'orifice, est ornée d'une tête de veau sur- 
montée d'un globe entre deux urœus et l'autre bout appliqué 
h la panse se termine par une palmette identique à celle 
qui orne les anses du vase colossal d'Amathonte que 
l'on peut voir à Paris, au musée du Louvre. Voici cette 
œuvre artistique avec une reproduction excellente des 
détails de l'anse, due à la main habile et complaisante d'un 
artiste de talent, M. Quinson, de Marseille. , . . • 

f La forme de l'œnochoé, ,djt M. |de .Vogue, est bien 
grecque : on la trouve déjà d(\ns le trésor de Mycènes. 
Mais le style do l'ornementation révèle une, innuençe phé- 
nicienne. Le globe llanqné d'in'aMis,d'jn\itation égyptienne, 
caractérise cette influence, ainsi que la tète de veau qui se 
rapporte aux cultes orientaux. Enfin la palmette qui rat- 
tache l'an.se à la panse du vase est identique à celle qui 
décore les fausses anses du grand vase d'Amathonte : on 



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Point d'attache de l'ansk sim la panse du vase. 

la retrouve plus ou moins complète sur beaucoup d'objets de 
métal où se reconnaît l'action des arts ou des croyances de 
rOrient. Nous croyons donc que cette belle œnochoé pro- 
vient de l'Archipeljtrès probablement de cette île de Chypre, 
où la métallurgie du cuivre avait acquis une telle renommée 
et où la pénétration réciproque des arts de la Grèce et de 
rOrient se manifeste par d'aussi nombreux exemples. Dans 
l'analyse si fine qu'il a faite du vase d'Amathonte, M. Perrot 
a démontré que les anses du gigantesque bassin (1) avaient 
élé sculptées d'après un modèle métallique : il n'y a aucune 
témérité à penser que l'œnochoé découverte à Carthage 

(1) On évalue à quatorze mille kilogrammes le poids du vase roonoliUie 
dont M. le marquis de Vogue fit racquisilion.en i862,au nom do la France 
et dont le dilûcile transport Jusqu'à I^ris fut exécuté avHc un plein succès 
par M. Magen, officier de marine. 



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appartient à la série des objets de bronze qui ont pu inspi- 
rer le sculpteur d'Amathonte (1). » 

Voici encore deux figurines dans lesquelles apparaît, 
sinon Tart égyptien pur, du moins Tinfluence profonde de 
TEgypte. L'une et Tautre sont en argile pleine et à revers 
plat. Dans la plus grande seulement le revers de la tête a 




Figurine de terre cuite (Haut; O°,072; ; dessin 
de M. d'Anselme de Puisayb. 

été évidé. Ces deux figurines sont percées au sommet d'un 
trou qui servait à les suspendre. Nous avons recueilli dans 
une même tombe plusieurs exemplaires de la plus petite (2). 
L'autre a été trouvée dernièrement dans la nécropole par 
des officiers en promenade qui s'amusèrent à gratter la terre. 
Ces messieurs ont eu la délicatesse de nous l'apporter aussitôt 

(t) Vases carthaginois. Revue archéologique, septembre-octobre IS93, 
p 136. 

(2) Voyex les Tombeaux puniques de Carthage, Lyon, 1890, p. 64, 1« et 
p. 66, ÎV. 



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PiGuntNic DR TFRRE CUITE 'liant. 0«,12y); (fesslii 
de If. d'Ansklmb db PrjiSAVs. 

pour le musée. Dans cette sorte de momie, l'expression et 
la parfaite conservation des traits du visage, la disposition 
d«« irmêMêd da U ohfivalura se bifurquant des deux oôiés de 
la poitrine, enfin la ceinture aux bouts terminés par une 
frange, sont autant'de détails intéressants à signaler. 



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Statuette de trbrb guitk (Haut. 0"«,i38); dessin 
de M. d'Anselme de Pulsate (i). 

Dans la figurine que nous donnons ci-dessus, c'est 
rinfluence grecque qui domine. Peut-être môme a*t*elle été 
fabriquée dans une des lies de TÂrchipel. Haute décent 
trente-trois millimètres, cette statuette a été moulée en 
creux, avec base béante et trou d*évent de forme rectan- 

(1) Cètlè figurine rappeUe par sa pose, soft expresêtoft èl rou tMemMt 
les sUtaettes grecques de style Mérili^m. <H., HtOfef. Lêi j if »r<n e i 
antiques de terre cuite du Musée duLouvres, Paris, 1883. PI. XVin. 



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— 94 — 

gulaire dans le dos. Elle représente une déesse assise. La 
tête est coiffée d'une couronne ou sorte de diadème (Sté- 
phane) et les mains sont posées sur les genoux. 

Enfin, pour grouper dans cette notice toutes les pièces les 
plus intéressantes sorties de la nécropole de Byrsa, je 
donnerai ici le dessin et la description d'une grande et belle 
monnaie punique. 




Grande monnaie punique ; dessin de M. d'Anselme de Puysaye. 

C'est un disque de bronze, à faces planes et parallèles, 
épais de six millimètres et pesant un peu plus de quatre- 
vingt-seize grammes. 

La face principale offre une belle tète de déesse vue de 
profil et tournée à gauche. 

L'autre face, ou revers, porte le cheval carthaginois 
debout, vu de profil et regardant à droite. Dans le champ, 
au-dessus, on reconnaît le globe solaire accosté d'urœws. 

Cette monnaie est un des meilleurs échantillons de la 
numismatique carthaginoise. On ne peut s'empêcher d'y 
voir la main habile d'un artiste grec, sans doute d'un artiste 
de Sicile, où l'on croit que Carthage, depuis la fin du 
v« siècle, fit graver et frapper son numéraire. 

Ces diverses pièces, que j'ai tenu à mettre ici en relief, 
offrent autant de spécimens des diverses influences que l'on 
remarque dans les produits d'importation et dans ceux qu'il 
convient d'attribuer à l'art local. 



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En explorant complètement le terrain de la nécropole 
punique de Byrsa, en fouillant la colline jusqu'au rocher, on 
rencontre, comme je Tai dit plus haut, des constructions de 
diverses époques représentant ensemble une période d'envi- 
ron deux mille ans (1). 

On a vu qu'en cherchant des sépultures puniques, nous 
avons eu souvent l'agréable surprise de rencontrer des 
monuments chrétiens. C'est ainsi que nous avons trouvé un 
fragment de plaque de marbre blanc sur lequel se lit le mot 
REGIO, expression désignant un des quartiers de la ville. 
La Carthage chrétienne était divisée, à l'imitation de Rome, 
en sept régions, ayant chacune son clergé spécial. Les docu- 
ments anciens nous ont conservé le nom de plusieurs églises 
de Carthage avec l'indication du quartier (regio) où elles 
étaient situées, et nous avons recueilli nous-méme dans un 
cimetière chrétien l'épitaphe d'un lecteur attaché à l'un de 
ces districts ecclésiastiques. 

Tout dernièrement encore, en pratiquant une tranchée 
dans le flanc sud-sud-est de la colline de Saint-Louis, 
pour atteindre l'orifice d'un puits carré qui devait, 
semblait-il, aboutir à une chambre funéraire punique, 
les fouilles nous ont conduit à une chapelle souter- 
raine du ive ou v« siècle. J'avoue que jamais décou- 
verte ne m'avait produit une aussi vive impression. Mon 
émotion fût grande, en effet, lorsqu'à la lumière d'une 
bougie, je vis apparaître sur la paroi de la chambre un per- 
sonnage debout, au visage imberbe, mais aux traits particu- 
lièrement énergiques, la tète nimbée, portant le costume 
épiscopal et levant la main droite dans l'attitude de la béné- 
diction. J'avais là sous les yeux l'image d'un saint, d'un saint 
de Carthage, et je ne pouvais m'empêcher de songer à saint 
Cyprien. 

Cette chapelle souterraine à laquelle on accédait par plu- 



(1) Une belle colonne de granit gris, trouvée dans les louilles, sera 
employée près da mattre-aulel, dans la calbédrale de Tunis, avec une 
antre colonne découverte entre la nécropole punique et le village de 
Douar eeta-ctaolt. 



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- 96 -• 

sieurs degrés et par un oorHdor, mesttfQ cinq mètres 
cintiuanie sur trois mètres quatre-vingts, fille était pavée 
d*une mosaïque blanche encadrée d'un simple filet noir. 
La voKte est en arêtes et o*est Tarcade médiane du fond qui 
porte la fresque. L'ensemble devait oflMr aux regards des 
pim% pèlerins les images de trois saints personnages et 
plusieurs atotnes figures accessoires. 

L'enduit qui revêt le double mur du corridor conserve 
plusieurs grafAtes tracés par les chrétiens. On y distingue 
des croix et des monogrammes. 

J'ai donné ailleurs (i) une descs'iption complète de cette 
intéressante découverte que je note id en passant, pour 
montrer comment, en cherchant les restes de la Garthage 
punique, on a chance de rencontrer des monuments romains 
et de recueillir de précieux souvenirs chrétiens. 



Revenons, en terminant, vei*s la pailie principale des 
fouilles de la nécropole punique. En se plaçant à tel point 
du terrain exploré, la vue embi-asse, d'un seul coup d'œil, 
des tombeaux puniques datant de cinq à six siècles avant 
notre ère, des murs de construction romaine de quatre ou 
cinq âges diflérents, enfîn les ruines d'une habitation byzan- 
tine et les restes d'un ancien cimetière arabe. Ce tableau 
arobéologi(pie dont on peut se faire une idée par le plan et 
la coupe du terrain placés en tête de celle notice, ainsi que 
par les vues photographiques publiées également dans la 
présente notice, est aujourd'hui pour les nombreux savants 
qui visitent Cajthage une vraie « leçon de choses ». 

(1) CotmoSt 14 el fl mars 1896. 11 a élé faR de cette note un Urage à 
part qui a pour litre : LAntiqve chapelle souterraine de la cûlhfié 4t 
Sttmt'Louis. 



Lyon. — Impr. Mougin-Rusand, rue Stella, 3 



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